PREVOST-PARADOL
Prévost-Paradol commit une grande erreur politique, mais il la paya de sa vie. Ecrivain d'opposition, issu de l'Ecole Normale d'où devait sortir une pléiade de grands journalistes, ayant conquis par son esprit une importante action sur l'opinion, il céda, au moment de l'avènement du ministère Ollivier, aux instances dont il fut l'objet, et, après avoir été l'adversaire de l'Empire, il servit l'Empire.
Emile Ollivier considérait comme une victoire de l'avoir rallié au régime. C'est lui qui disait de Prévost- Paradol : « Je croirais volontiers que, dans une existence antérieure, il s'est façonné à l'art d'écrire, tant il connut, dès son début, les ressources et les gammes diverses, les souplesses aussi bien que les puissances, les ironies non moins que les élévations. » Il fut nommé, moins d'un mois avant la guerre de 1870, ambassadeur à Washington. L'abandon du parti auquel il avait appartenu avec tant d'éclat lui avait valu des reproches dont il avait senti l'amertume. La nouvelle de la déclaration de guerre, cinq jours après son arrivée aux Etats-Unis, le jeta dans un trouble profond. Il eut la vision des malheurs que les fautes de l'Empire allaient amener sur la France. Il comprit les responsabilités qu'il encourait lui-même, et, dans une crise de désespoir, il se tua.
Il avait été un des plus brillants rédacteurs du Jour' nul des Débats, où il devait revenir après avoir collaboré à la Presse, puis au Courrier du Dimanche. Ses articles étaient attendus et commentés. « Quel merveilleux journaliste ! disait de lui Ernest Bersot, qui appartenait aussi à la rédaction des Débats ; il avait la clarté lumineuse, la fécondité inépuisable, la facilité sans laquelle •on n'écrit pas français, une adresse infinie de polémique, la malice dun enfant de Paris, l'ironie terrible, et, par intervalles, de ces notes acérées qui vous pénétraient. »