‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 48 sur 185 · EDOUARD HERVÉ · texte numérisé non relu

EDOUARD HERVÉ

des conditions. On aurait pu en faire en faveur de nos nationaux, on aurait pu en faire en faveur de ce prince courageux et infortuné que nous avons conduit, comme par la main, jusqu'au bord de l'abîme. Pour n'avoir pas voulu traiter, nous nous sommes trouvés hors d'état d'intervenir en faveur du prisonnier de Queretaro, et nous avons dû laisser cet honneur au représentant de la Prusse. Pour n'avoir pas voulu traiter, nous nous trouvons aujourd'hui hors d'état de protéger d'une manière efficace la vie, le repos, la fortune de nos nationaux. Pour n'avoir pas voulu traiter, nous avons à redouter que l'un de nos agents diplomatiques ne soit arrêté en ce moment comme un vulgaire malfaiteur, ou retenu tout au moins comme un fauteur de troubles par le gouvernement de fait actuellement établi à Mexico. Il y a, en effet, dans la situation de M. Dano, ceci de particulier, qu'à nos yeux il est un agent diplomatique, revêtu du caractère sacré que confère cette qualité, protégé dans sa vie et dans sa liberté par tous les principes du droit •des gens; tandis qu'aux yeux du gouvernement juariste, il n'est rien qu'un étranger, qui s'est introduit dans le pays et qui est venu y intriguer et y conspirer avec les rebelles impérialistes. Et cette situation, si défavorable à M. Dano, cette situation ■si périlleuse pour nous, cette situation d'où il peut résulter des complications que tout le monde entrevoit et sur la gravité desquelles nous ne voulons pas insister, cette situation, qui donc l'a faite, si ce n'est nous, le jour où nous avons refusé de reconnaître Juarez comme un ennemi régulier, le jour où lions l'avons mis hors la loi, hors le droit des gens? Qui n'a pas de droits, en effet, n'a pas de devoirs. Voilà ce que nous aurions peut-être dû nous dire, avant de faire déclarer à la tribune par M. Kouher ■qu'on ne traite pas avec un Juarez.

On ne traite pas avec un Juarez! Soit. Nous l'avons dit et nous ne pouvons plus maintenant nous dédire. Mais il y a des milliers de Français qui étaient établis au Mexique avant la guerre et qui n'ont pas voulu ou pas pu revenir dans les fourgons de notre armée. Que vont-ils devenir ? Auprès de qui réclameront-ils, quand ils seront l'objet d'une vexation quelconque? Faudra-t-il. pour qu'ils trouvent une protection quelconque, qu'ils se fassent naturaliser citoyens des Etats-Unis ou bien sujets prussiens? Nous avons des intérêts au Mexique, nous avions avant la guerre et pendant la guerre un commerce considérable avec ce pays : on nous le disait, du moins, et c'est une des raisons que l'on invoquait pour justifier notre expédition. Ce commerce sera-t-il détruit? Le drapeau français, avant cette expédition et pendant qu'elle durait encore, était respecté d'un bout à l'autre du nouveau continent. Ce drapeau va-t-il perdre son prestige? Saura-t-on, d'un bout à l'autre de l'Amérique, qu'il y a un pays où il suffit d'être Français pour se trouver privé, non seulement de toute espèce de droit, mais de toute espèce de protection? Est-ce là le fruit que nous aurons tiré d'une intervention commencée en faveur de nos nationaux? C'est ce qui nous menace pourtant, si par hasard le gouvernement du président Juarez se consolide au Mexique. L'hypothèse, il est vrai, peut paraître douteuse. Il y a des chances, dit-on, pour que le président actuel soit renversé et remplacé par un des chefs militaires qui l'ont aidé à reconquérir le Mexique. Dans ce cas, nous pourrions traiter avec Escobedo ou avec Porfirio Diaz, au lieu de traiter avec Juarez. La différence sera grande assurément, et notre vanité aura lieu d'être satisfaite. Sinon, il nous faudra choisir entre l'abandon de tous les intérêts français au Mexique et le désaveu de la fière

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parole de M. Rouher. Et quelle serait notre situation si, après avoir refusé de traiter avec Juarez vaincu, nous étions obligés de traiter avec Juarez vainqueur, si, après avoir refusé de reconnaître le gouvernement mexicain avant les douloureux événements de Queretaro, nous étious obligés de le reconnaître après ces mêmes événements ?

[Journal de Paris, 4 août 1867.)

C'est Louis Ulbach qui, en raison de la violence habituelle des polémiques de Louis Veuillot, l'avait surnommé « un ivrogne d'eau bénite ». On sait d'ailleurs les démêlés de celui qu'on appelait aussi, pour la truculence de sa manière et le despotisme de ses idées ultramontaines, « un inquisiteur rabelaisien » avec ceux qu'il estimait défendre : son parti lui dut moins de services que de décliirements et de scandales.

Il avait eu, au cours de son existence, des opinions très diverses. C'est en sa dernière attitude de champion d'un catholicisme que reniaient beaucoup de fervents catholiques, que s'est fixé son souvenir. Le rédacteur en chef de Y Univers était né pamphlétaire : il ne cessa de manier l'invective. Ses adversaires eux-mêmes, au reste, reconnaissaient ses dons d'écrivain jusque dans ses excès et ses trouvailles d'expressions, fût-ce dans l'injure. <( Plus impatient de frapper fort que de frapper juste, a-t-on dit de lui, Louis Veuillot fut moins encore un polémiste qu'un assommeur. »

Il se sei^vit fréquemment de la brochure, comme dans celle qui a pour titre le Fond de Giboyer, à l'occasion de la pièce d'Emile Augier, qui devait lui être sensible, m^ais, écrivait-il, « la vraie arme de précision, c'est le journal. Il s'occupe du fait chaud et vivant; il commente le document de la veille et du jour; il dit le mot •de la charade politique avant qu'elle soit posée; il allume le gaz partout où la nuit artificielle porte des om.bres. »

Dans les dernières années de sa vie, Louis Veuillot vit se détacher de lui la curiosité qui, du moins, l'avait toujours suivi.

Louis Veuillot est tout entier dans son livre les Odeurs de Paris; ce sont là encore des articles à l'emporte-pièce, d'une verve déchaînée dans le parti pris du dénigrement

des contemporains, les uns désignés sous des noms d'emprunt, les autres sous leur nom yéritable. C'est, à jet perpétuel, l'outrance d'un talent en quelque sorte enragé. Mais bien des pages sont restées curieuses, comme ce portrait de la chanteuse Thérésa.

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