L'EXPÉDITION DU MEXIQUE
Nous recueillons aujourd'hui le fruit amer de notre imprévoyance et de nos fautes. Nous n'avons pas voulu considérer Juarez comme un ennemi régulier, mais comme un bandit. Nous l'avons placé en dehors du droit des gens. Il y reste : et nous subissons aujourd'hui la loi que nous avons faite nous-mêmes. Qui nous obligeait, au début de l'affaire du Mexique, à déclarer que nous ne voulions pas traiter avec Juarez? Tous les jours on traite avec un ennemi vaincu ; on traite même parfois avec un ennemi vainqueur. Avec Juarez, nous étions d'autant plus à l'aise qu'il n'a jamais été vainqueur tant que nos soldats sont restés sur le sol mexicain. Mais nous avions notre idée en tête; il ne s'agissaii pas de faire une guerre ordinaire; il ne s'agissait pas d'obtenir la réparation d'un certain nombre de griefs pour revenir ensuite tranquillement : il s'agissait de mettre un autre gouvernement à la place de celui de Juarez. Plus tard, cette illusion a disparu. Mais alors la vanité s'en est mêlée. Il fallait que M. Rouher pût monter à la tribune et s'écrier : « On ne traite pas avec un Juarez! » Voilà un mouvement oratoire qui nous aura coûté cher.
On ne traite pas avec un Juarez! On aime mieux laisser nos nationaux, nos protégés, nos amis exposés aux vengeances d'un gouvernement qui, n'ayant rien à compromettre, n'a rien à ménager. Si l'on avait traité avec Juarez, on aurait pu faire