‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 7 sur 185 · LE MOUSQUETAIRE · texte numérisé non relu

LE MOUSQUETAIRE

« Pourquoi fondez-vous ce journal ?

— D'abord parce que je me lasse d'être bien attaqué par mes ennemis et mal défendu par mes amis dans les journaux des autres; ensuite parce que j'ai encore quarante ou cinquante volumes de mes Mémoires à publier; que ces quarante ou cinquante volumes deviennent de plus en plus compromettants au fur et à mesure qu'ils se rapprochent de notre époque, et que j'en désire prendre la responsabilité non seulement comme auteur, mais aussi comme publicateur.

— ... Mais de quoi vous occuperez-vous dans votre journal ?

— De faire surtout la critique des critiques. Ainsi M. un tel dit systématiquement et périodiquement du mal de M. un tel et de M'^*^ une telle. Eh bien, nous nous enquerrons si le mal qui est dit vient d'une conviction ou d'un intérêt. S'il vient d'une conviction, nous nous contenterons de dire

ALEXArDr.E DUMAS 17

du bien de la personne dont on dit du mal, si nous en pensons du bien. Dans le cas contraire, nous attaquerons le critique et donnerons au faible l'appui de notre plume contre le fort.

... Nous tâcherons d'examiner, d'étudier, de comprendre la véritable personnalité des producteurs, et nous ne leur demanderons que des produits analogues à leur essence. Nous dirons à un auteur qui écrit mal : « Etudiez la langue, parce que la langue €t la forme sont deux choses qui s'apprennent. >> Mais nous ne dirons pas à Alfred de Musset : « Etudiez la charpente! » ou à M. Ingres : o Etudiez la couleur! •>•> On n'apprend pas à faire une pièce; on naît auteur dramatique. On n'apprend pas à mélanger ses couleurs; on naît coloriste. Gérard voyait vert, Girodet voyait bleu, M. Léthière voyait gris; Droz voit couleur d'or; Victor Hugo, le grand poète de notre époque, ne sait pas et ne saura jamais charpenter une pièce comme M. d'Ennery. Il est vrai que cela lui est bien égal. Enfin, nous demanderons aux pommiers des pommes, aux vignes des raisins, aux rosiers des roses. Ainsi un ministre se trompera (vous admettrez bien qu'un ministre puisse se tromper, que diable! on commence à s'apercevoir que le pape lui-même n'est pas infaillible!) il encouragera la médiocrité, au lieu d'encourager le succès. Nous lui dirons : « Prenez garde, vous faites faire fausse route à votre argent. » Il donnera un privilège à des auteurs de troisième ordre ou à un capitaliste fripon. Nous lui dirons : « Prenez garde! l'auteur de troisième ordre fera faire à son théâtre de la littérature de quatrième, de cinquième ou de sixième ordre. Le capitaliste fripon essayera de filouter ses acteurs, de voler ses décorateurs ou ses machinistes, d'avoir pour rien, dût-il pour cela renier sa signature, ce que les autres ont pour de l'argent. »

Nous essayerons enfin de faire l'ordre dans le chaos, la Inmière dans la nuit, et nous serons lune, quand nous ne pourrons pas être soleil.

— Vous avez tort.

— Pourquoi?

— Vous allez vous brouiller avec les critiques,, et ils vous attaqueront.

— Nous avons armes offensives et défensives, nous acceptons le combat. »

[Le Mousquetaire, 1853.)

PAULIN LIMAYRAG

Des vera narquois de Théodore de Banville dans les Odes funambulesques ont contribué à sauver de l'oubli le nom de Paulin Limayrac ;

Si Limayrac devenait fleur.

Je le mettrais dedans un vase Et quelquefois, avec extase, Je l'aplatirais sur mon cœur;

OU, par allusion à sa petite taille,

Le jeune Paulin Limayrac Est âge de huit ans à peine.

Il est englouti dans son frac...

Banville répondait par de piquantes moqueries aux attaques de Paulin Limayrac contre les écrivains qu'aimait et défendait le poète.

Paulin Limayrac qui, à la Revue de Paris, à la Revue des Deux Mondes, à la Presse, n'avait traité que des questions littéraires, devint un des défenseurs officieux de l'Empire, comme rédacteur à la Patrie, au Pays, puis comme rédacteur en chef du Constitutionnel, acheté au ■docteur Véron par le financier Mirés pour être mis au service du pouvoir.

Il mourut peu de temps après avoir été nommé préfet du Lot. 11 avait témoigné sa lassitude de polémiques littéraires et politiques qui l'avaient exposé à bien des railleries.

Page 1