‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 6 sur 185 · ALEXANDRE DUMAS · texte numérisé non relu

ALEXANDRE DUMAS

On sait le mot de Michelet sur Alexandre Damas '. « Ce n'est pas un homme, c'est une des forces de la nature. » Il fit jouer cent pièces et écrivit, seul ou en une collaboration dont il était bien l'âme, cinq cents volumes. Il fut homme d'action, voyageur, historien ayant vécu de l'histoire, directeur de théâtre. Comment n'eûtil pas été aussi journaliste?

En dehors d'innombrables articles semés çà et là, il eut, en 1853, alors qu'il revenait de Belgique, où il s'était volontairement exilé, son journal à lui, le Mousquetaire, dont les bureaux étaient installés dans la cour de la Maison d'Or, rue Laffitte. Ce ne pouvait être alors qu'un journal littéraire, nouveauté dans la presse quotidienne, mais il apparaissait comme un combattant qui anrait assez d'entrain et de souplesse pour désarmer les censeurs. Dès le premier numéro, on }y prononçait le nom d'Hugo, et nommer le poète terrible à l'Empire, qui venait de lancer la foudre des Châtiments, c'était alors presque du courage.

Le Mousquetaire inspira une vive curiosité et il eut du succès, mais il eût fallu pour le diriger un écrivain plus ordonné et moins impatient que Dumas, et sa carrière ne fut pas très longue.

Le journal compta de nombreux collaborateurs, — le plus souvent rétribués fort irrégulièrement, ou même pas du tout, — parmi lesquels on retrouve les noms de Théodore de Banville, Gérard de Nerval, Roger de Beauvoir, Alexandre Dumas fils, Privât d'Anglemont, Maurice Sand, Henry de la Madeleine, Aurélien Scholl, Henry Rochefort, qui fit au Mousquetaire ses première» armes sous le pseudonyme de Henry de Lu^ay. A ces" écrivains se mêlèrent parfois quelques personnages singuliers, trop facilement accueillis par Dumas, comme ua certain Max de Goritz, qui n'était qu'un aventurier.

Le Mousquetaire avait pour secrétaire de la rédaction Urbain Fages, qui avait été avocat, artiste dramatique et professeur. Dumas eut, un jour, l'étrange idée de publier en feuilleton i'Iliade, dont Fages lui avait traduit mot à mot le premier chant. Homère retouché par Alexandre Dumas, cela parut excessif, tout de même, et l'Iliade, donnée avec suite au prochain numéro, s'arrêta net.

Philibert Audebrand, qui avait tant de souvenirs, a écrit la curieuse histoire du Mousquetaire dans son livre Alexandre Dumas à la Maison d'Or.

On donnera ici le manifeste du premier numéro, où se retrouve la verve et, aussi, un peu de l'outrecuidance inofénue du bon Dumas.

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