‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 71 sur 185 · THEODORE DE BANVILLE · texte numérisé non relu

THEODORE DE BANVILLE

Le délicieux poète, qui eut toutes les grâces et toutes les audaces lyriques, fut aussi un journaliste, et il le fut toute sa vie, mais toujours avec quel scrupule de la forme! Il répandit son esprit et sa fantaisie, qui n'était jamais que la passion du beau, dans tous les journaux littéraires de la fin du règne de Louis-Philippe. Il fut, au Paris de Villedeuil, de la « Compagnie des tirailleurs », dont ont parlé les Concourt. Il tint le feuilleton dramatique successivement au Dix Décembre, au Pouvoir, à V Artiste, au Nain jaune, et ce furent d'étincelantes chroniques, dont le théâtre était le prétexte, et qui embrassaient mille sujets, toujours avec des aperçus ingénieux et une inlassable ferveur d'apostolat spirituel, qu'il employât l'arme légère de l'ironie contre tout ce qui était bas et vulgaire, ou qu'il s'élevât, ou que son culte du grand art s'attestât en des hymnes enthousiastes. Le temps a montré combien, avec le don de l'intuition aiguë, il avait vu juste, et^qu'il y avait dans ce sertisseur de mots, dans ce merveilleux joaillier, un observateur pénétrant. En 1869, il fit la critique au National^ Plus tard, dans le Gil Blas, il philosophait, avec toutes les séductions de sa pensée et de son style, sur les événements, vus de haut, ou sur les mœurs, et ce furent, en outre des Souvenirs, les articles réunis sous le titre de Paris vécu et de Lettres chimériques.

La gloire du poète ne doit pas faire oublier son œuvre disséminée dans les journaux. M. Barrucand eut, il y a quelques années, l'heureuse idée de recueillir une partie des feuilletons de Théodore de Banville.

Ceux qui le connurent le revoient dans son grand cabinet de travail de la rue de l'Eperon, donnant sur un petit jardin, vêtu de son veston de velours, invariablement coiffé d'un béret légendaire et tournant, en causant, une cigarette de maryland qu'il jetait, après

quelques bouffées. Une vaste bibliothèque faisait le tour de la pièce. Dans un angle, bien en évidence, un buste de Victor Hugo, « son maître ». Et sur les espaces qui n'étaient pas garnis de livres, couraient de délicates fantaisies japonaises, brossées par son beaufils Georges Rochegrosse. C'est là que, en sa vieillesse laborieuse, il écrivait, d'une écriture fine, serrée, très lisible, pourtant, les pages exquises attendues par les lecteurs du Gil Blas.

On donnera ici un article qui est, aujourdliui,. parmi les moins cannus. C'est le Banville de 1870 qui, en même temps qu'il écrivait les Idylles prussiennes^ notait, d'une faço.a vibrante, ses impressioas de Parisien as.siégé.

Page 1