HIPPOLYTE TAINE
« C'est peut-être, a dit Jules Lemaître, le cerveau de ce siècle qui a emmagasiné le plus de faits et qui les a ordonnés avec le plus de rigueur. Chacune de ses « histoires », chacune de ses « descriptions », description d'un homme, d'une littérature, d'un art, d'une société, d'une époque, d'un pays, ressemblait à des constructions mas'sives et serrées... Taine est un prodigieux bâtisseur de pyramides. » Mais Jules Lemaître expliquait comment, l'expérience du plus savant homme étant toujours fort restreinte, tout ensemble un peu considérable de phénomènes devenait forcément création. Et nul n'a plus senti et imaginé que Taine, alors qu'il croyait uniquement percevoir, observer et classer.
De son côté, M. Paul Bourget, dans ses Etudes de psychologie, a montré subtilement comment Taine, d'abord rangé dans ce qu'on pourrait appeler le groupe d'extrême gauche de la pensée, en vint à heurter certaines aspirations de l'àme française contemporaine, comment, après avoir « brutalisé » les sentiments moraux et religieux de certains, il fut conduit à brutaliser les sentiments politiques de beaucoup d'autres. C'étaient pourtant la même sensibilité philosophique, la même doctrine, la même méthode. « L'histoire lui est apparue comme une vaste expérience instituée par le hasard pour le bénéfice du psychologue. » Ainsi présenta-t-il l'exemple d'un homme qui, par ses conceptions scientifiques, fut également hostile aux deux partis qui se disputèrent la domination de la France, à l'ancien Régime et à la Révolution. C'est que, à ses théories d'une rigueur absolue, Taine n'avait jamais admis la moindre atténuation.
Mais ce n'est pas en quelques lignes que se définirait l'œuvre considérable de Taine, l'Histoire de la Littérature anglaise, De l'Intelligence, les Essais de critique çt