PAULIN LIMA.YRA.C
Pour comprendre les lois de l'art, les restreindre €t les agrandir à propos, ne faut-il pas être doué d'une intelligence passablement philosophique ? Pour apprécier^à leur valeur les créations des poètes, pour savoir jusqu'à quel point elles sont vraisemblables et réelles, ne faut-il pas être un assez profond moraliste et voir assez clair dans le cœur humain? Pour comparer les littératures entre elles, pour saisir les points de contact et les différences, ne faut-il pas posséder une sagacité peu commune et une érudition assez vaste? N'est-ce rien que tout cela? Et si Ton ajoute que le critique, avant tout, doit être armé d'un goût sûr et d'une plume excellente, on conviendra que ce n'est pas faire preuve de trop grande médiocrité d'esprit que de réussir dans cette carrière et d'y tenir la campagne avec honneur. Je dis plus, je dis que, pour occuper seulement le second rang en critique, ce n'est pas trop de beaucoup de talent. Quant à être un critique complet, le critique idéal, c'est-à-dire un écrivain qui à la profusion lumineuse de Bayle joindrait le trait ineffaçable de Pascal, c'est plus que du talent, c'est du génie qu'il faudrait, et le génie a toujours été rare.
{Coups de plume sincères, 1853.)