‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 31 sur 74 · XXXIII. — Mellin de Saint Gelais · texte numérisé non relu

XXXIII. — Mellin de Saint Gelais

Ode

O combien est heureuse La peine de celer Une flamme amoureuse Qui deux cœurs fait brûler, Quand chacun d'eux s'attend D'être bien tôt content.

Las ! On veut que je taise Mon apparent désir, Et feigne qu'il me plaise Nouvel amy choisir !

Mais forte affection N'endure fiction.

Votre amour froide et lente Vous rend sage et discret :

La mienne, violente, N'entend pas ce secret :

Amour, nulle saison, N'est amy de raison.

Si mon feu sans fumée Est violent et chaud, Étant de vous aimée Du reste, il ne me chaut !

Soit mon mal vu de tous Et seul senti de vous !

Si femme en ma présence Autre vous entretient, Amour veut que je pense Que cela m'appartient :

Car luy et longue foy Vous doivent tout à moy.

Quand par bonne Fortune Serez mien de tout point, Lors parlez à chacune, Je ne m'en plaindrai point ; Je vous pry, ce pendant N'être ailleurs prétendant.

Pensez-vous que la vue Soit assez entre amis, Ne me voiant pourvue De ce qu'on m'a promis ?

C'est trop peu que des yeux !

Amour veut avoir mieux.

De vous seul je confesse Que mç)n cœur est transi.

Si j'étois grand princesse Je dirois tout ainsi.

Si le vôtre ainsi fait Montrez le par effet.

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