‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 38 sur 74 · XXXIX. — Les amours de Marie · texte numérisé non relu

XXXIX. — Les amours de Marie

Marie, levez- vous, ma jeune paresseuse.

Jà la gaie Alouette au ciel a fredonné /■

Et j à le Rossignol doucement jargonné

Dessus F épine assis sa complainte amoureuse. *~

Sus, debout ! Allon voir l'herbelette perleuse Et votre beau rosier de boutons couronné, 1 Et vos œillets mignons ausquels aviez donné ^ Hier au soir de l'eau, d'une main si soigneuse. *w

Harsoir en vous couchant vous jurâtes vos yeux ! D'être plus-tôt que moy ce matin éveillée : ; Mais le dormir de l'Aube, aux filles gracieux,

Vous tient d'un doux sommeil encor les yeux sillée, : .

Cà ! çà ! que je les baise et votre beau tetin <

Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin ! '

Vous méprisez nature : êtes-vous si cruelle De ne vouloir aimer ? Voyez les Passereaux Qui démènent l'amour, voyez les Colombeaux, Regardez le Ramier, voyez la Tourterelle ;

Voyez deçà delà d'une frétillante aile Voleter par les bois les amoureux oiseaux, Voyez la jeune vigne embrasser les ormeaux, Et toute chose rire en la saison nouvelle.

Ici la bergerette, en tournant son fuseau, Dégoise ses amours et là le pastoureau Répond à sa chanson, ici toute chose aime :

Tout parle de l'amour, tout s'en veut enflammer ; Seulement votre cœur, froid d'une glace extrême, Demeure opiniâtre et ne veut point aimer.

in

Chanson. ^ ^

Quand ce beau Printemps je voy, At\ mrt

J'aperçoy > Rajeunir la terre et Tonde, Et me semble que le jour

Et T amour Comme enfans naissent au monde.

Quand je voy les grands rameaux " Des dftnea—

Qui sont lasses de he^ Je pense être pris es laz

De ses bras, Et que mon col elle serre.

Quand j'entens la douce vois

Par les bois Du gay Rossignol qui chante, r D'elle je pense jouir /

Et ouyr Sa douce voix qui m'enchante.

Quand je voy pn quelque endroit

Un Pin droit, Ou quelque arbre qui s'élève, Je me laisse décevoir

Pensant voir Sa belle taille et sa grève?/

Quand le Soleil tout riant

D'orient Nous montre sa blonde tresse, Il me semble que je voy

Davant moy ?

Lever ma belle maîtresse.

Quand je sens parmy les prés

Les fleurs dont la terre est pleine, , Lors je fais croire à mes sens,^^^/

Que je sens . ^ew^.^n La douceur de son haleine.

Bref je fais comparaison

Par raison Du Printemps et de m' amie ; Il donne aux fleurs la vigueur,

Et mon cœur D'elle prend vigueur et vie.

Ha ! maîtresse, mon soucy,

Viens icy ; Viens contempler la verdure :

Les fleurs de mon amitié

Et seule tu n en as cure.

Au moins lève un peu tes yeux

Gracieux,^/ Et voy ces deux colombelles, Qui font naturellement

Doucement U amour du bec et des ailes ;

Et nous, sous ombre d'honneur,

AcU* . Le bon heur ^ t^o^d > Trahisses par une crainte ; Les oiseaux sont plus heureux

Amoureux, Qui font T amour sans contrainte,

Toutesfois ne perdons pas

Nos éb£ti;'r' Pour ces loix tant rigoureuses ; Mais, si tu m'en crois, vivons

Et suivons Les colombes amoureuses.

Pour effacer mon émoy Baise moy,

Rebaise moy ma Déesse ;

Ne laissons passer en vain Si soudain

Les ans de notre jeunesse.

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