‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 50 sur 74 · JEAN -ANTOINE DE BAÏF · texte numérisé non relu

JEAN -ANTOINE DE BAÏF

LVIL — Le Printemps.

La froidure paresseuse De l'hiver a fait son temps :

Voicy la saison joyeuse Du délicieux printemps.

La terre est d'herbes ornée, L'herbe de fleurettes l'est ; La feuillure retournée Fait ombre dans la forêt.

Or oyez dans le bocage Le flageolet du berger, Qui agace le ramage Du rossignol bocager.

Voyez Tonde clère et pure Se crêper dans les ruisseaux ; Dedans voyez la verdure De ces voisins arbrisseaux.

La mer est calme et bonasse ; Le ciel est serein et cler, La nef jusqu'aux Indes passe ; Un bon vent la fait voler.

Les ménagères avétes Font çà et là un doux bruit, Voletant par les fleurettes Pour cueillir ce qui leur duit

En leur ruche elles amassent Des meilleures fleurs la fleur :

C'est afin qu'elles en fassent Du miel la douce liqueur.

Tout résonne des voix nettes De toutes races d'oyseaux :

Par les chams des alouettes, Des cygnes dessus les eaux.

Aux maisons les arondelles, Les rossignols dans les boys, En gayes chansons nouvelles Exercent leurs belles voix...

Donc si le chanter m'agrée, N'est-ce pas avec raison, Puis qu'ainsi tout se recrée Avec la gaye saison ?

(Les Passe-Temps, livre I.)

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