‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 51 sur 74 · LVIII. — Vendangeurs · texte numérisé non relu

LVIII. — Vendangeurs

Cétoit en la saison que la troupe rustique S'apprête pour couper de cette plante unique, De ce rameau sacré le raisin pourprissant : Cétoit en la saison que le fruit jaunissant Laisse veuve la branche, et le souillard Autonne Fait écumer les bords de la vineuse tonne : Un chacun travailloit, l'un après le pressoir, L'autre à bien étouper le ventre à l'entonnoir, Et d'un fil empoissé avec un peu d'étoupes Calfeutrer les bondons ; les uns lavoient les coupes, Et rinçoient les barils, autres sur leurs genoux Aïguisoient des faussets pour percer les vins doux, Et piquottans leurs flancs d'une adresse fort gaye En trois tours de foret faisoient saigner la playe, Puis à bouillons fumeux le faisoyent doisiller Louche dedans la tasse, et tombant pétiller. Les autres plus gaiDards sur les grapes nouvelles A deux pieds s'affondroient jusques sous les aisselles ; Les uns serroient le marc, les autres pressuroient ; Les uns pour vendanger sur la pierre émouloient Le petit bec crochu de leurs mousses serpettes ; Les uns trempoyent l'osier, les autres leurs tinettes, Leurs bottes, leur estrain, dedans les clairs ruisseaux ; Autres alloyent raclant les côtes des vaisseaux De gravelle émaillées, et de mousses couvertes ; Les autres leur serroient les lèvres entrouvertes D'un cercle de peuplier, cordonné d'osiers francs, Puis à coups de maillet leur rebattoient les flancs ;

Les uns buvoient au bord de la fumante gueule Des cuves au grand ventre ; autres tournoient la meule Faisant craquer le grain et pleurer le raisin ; Puis sous T arbre avallé un grand torrent de vin Rouloit dedans la met, et d'une force étrange Faisoient geindre le bois et pleuvoir la vendange : Autres alloient criant de leur puissance toute Qu'au pied des ceps tortus on fit la mère-goute, Et chancelant de pieds, de tête et de genoux, S'enivroient seulement au fumet des vins doux.

(Bergerie, première journée.)

J LIX. — Chant d'Avril.

Avril, l'honneur et des bois

Et des mois, Avril, la douce espérance, Des fruits qui, sous le coran*^

Du bouton, Nourrissent leur jeune enfance.

Avril, l'honneur des prés verts,

Quk%4,une Ijfameur bigarrée,/?^ ^JLà^4i Emailfentfde mille fleurs)

c*Be 'couleur^ Leur^a'ftft^Sîapreé^/ a

Avril, l'honneur des soupirs

Des Zéphirs, Qu^, sous le vent de leur aile, Pressent encoj^èsîorêts,

Des doux^rets, Pour ravir Flore la belle ;

Avril, c'est ta douce main

Qui, du sein / De la^nature, desserre Une rh6Së6ftyde senteurs

Et de fleurs, Embaumant l'air et la terre.

Avril, la grâce et le ris

De Cypris, Le flair et la douce haleine, Avril, le parfum des dieux,

Qui, des cieux, Sentent l'odeur de la plaine ;

C'est toy, courtois et gentil,

Qui d'exi^ a^céâ^.

Retires ces. passagères Ces arondeilës qui vont,

Et qui sont Du printemps les messagères.

L'aubépine et l'églantin,

^Etle thym, L^œillet, le lys, et les roses En cette.belle saison,

Montrent leurs robès ëclôses^

Le gentil rossignolet,

Doucelet, Découpe-, des^ousJJor Mille fredons babillards,

Au doux chant de son ramage...

{Bergerie, première journée.)

ETIENNE JODELLE /JJtZZC^ /" »

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