LA FOULE
Qu'on le couronne d'épines^ Puisqu'il s'est appelé roi !
NOTRE-DAME
O mon fils, mon fils, mon fils, Mon fils, lis bien-aimé.
Mon fils, qui pourrait donner conseil A mon cœur angoissé 1
mon fils, joie de mes yeux,
Mon fils, pourquoi ne réponds-tu pas ?
•Mon fils, pourquoi te caches-tu
Du sein où tu fus allaité ?
LE MESSAGER
Notre-Dame, voici la croix Que le peuple amène, Sur laquelle la vraie lumière Doit être élevée.
178 ani;hologie franciscaine
notre-dame
O croix, que vas-tu faire ?
Vas-tu m'ôter mon fils ?
Et que vas-tu lui reprocher, Puisqu'en lui le péché n'est pas ?
LE MESSAGER
Viens au secours, (mère) pleine de douleur, Car on dépouille ton fils.
Et l'on dirait que ces gens veuillent Qu'il soit cloué sur la croix.
NOTRE-DAME
Si VOUS lui enlevez son vêtement, Laissez-moi voir Gomment les blessures cruelles L'ont tout ensanglanté.
LE MESSAGER
Notre-Dame, voici qu'on lui prend la main Et qu'on l'étënd sur la croix ; " Un énorme clou la fend.
Tant on a enfoncé le fér.
Voici qu'on lui prend l'autre main,
Qu'on l'étend sur la croix.
Et la douleur s'embrase
A mesure qu'elle se multiplie.
JACOPONE DE TODI I79
Notre-Dame, on lui prend les pieds Et on les cloue au bois ; Toutes ses jointures s'ouvrent, (Ses bourreaux) l'ont tout disloqué.
NOTRE-DAME
Et moi, je commence le chant funèbre :
O fils qui fus ma joie, Mon fils, qui t'a séparé de moi par la mort, Mon fils, mon enfant si délicat ?
Ils auraient mieux fait
De m'arracher le coeur
Que de te disloquer sur la croix
Où tu gis en si triste état.
LE CHRIST
Maman, où donc en es-tu venue P Tu me portes un coup mortel, Car tes pleurs m'anéantissent Et me semblent un fer aigu.
NOTRE-DAME
Mon fils, combien j'ai de douleur !
Mon fils, mon père et mon époux.
Mon fils, qui t'a blessé ?
Mon fils, qui t'a dépouillé ?
l8o ANTHOLOGIE -FRANCISCAINE
LE CHRIST
Maman, pourquoi te plains-tu P Je veux que tu survives, -
Que tu sois auxiliatrice aux compagnons Qu'en ce monde je me suis acquis.
NOTRE-DAME
Mon fils, ne dis pas cela !
Je veux mourir avec toi,
Je ne veux pas partir d'ici
Jusqu'à ce que mon dernier souffle expirp.
(Je veux) que nous ayons une même sépulture, O fils d'une mère obscure.
Puisque dans le même malheur La mère et le fils sont plongés,
LE CHRIST-
Maman au cœur affligé.
En tes mains je remets Jean, mon (disciple) choisi ; Qu'il soit appelé ton fils 1
Jean, voilà ma mère ; Reçois-la charitablement, Prends pitié d'elle, Car elle a le coeur percé.
JACOPONE DE TODI l8l
NOTBE-DAME
Mon fils, ton âme s'est envolée,
Fils d'une mère égarée,
Fils d'une mère disparue (à tous les regards),
Fils empoisonné (par le fiel) 1
mon fils blanc et vermeil, Fils qui n'as point de semblable, Mon fils, à qui m'appuierai-je, Puisque toi-même tu m'as laissée ?
O mon fils blanc et blond, Mon fils au visage plein de joie, Mon fils, pourquoi le monde t'a-t-il.
Mon fils, ainsi méprisé ?
O mon fils doux et charmant.
Fils de la désolée, Mon fils, coinme cette gent T'as méchamment traité I
Et toi, Jean, mon nouveau fils.
Voici qu'est mort ton frère ; J'ai senti la pointe du glaive Qui (me) fut prophétisé.
Il a tué lé fils et la mère, Transpercés d'une mort cruelle ; On trouverait embrassés La mère et le fils sur la croix.
l82 ANTHOLOGIE FBANGISCAINE