LO CANT DE RAMON
J'ai été créé et l'être m'a été donné Pour servir Dieu — qu'il soit honoré !
Et je suis chu en maint péché ; Malgré l'ire de Dieu j'ai été lent ; Jésus crucifié m'a vaincu Et a voulu que Dieu fût aimé de moi.
Le monastère de Miramar A été donné sur ma requête aux frères Mineurs Pour, qu'ils priassent pour les Sarrasins ; Au temps où l'on vendange la vigne Anîour m'a pris (i), m'a fait aimer Dieu Et m'a plongé dans les soupirs et les pleurs.
(1) Comme on l'a vu, la conversion définitive de Raimond LuUe se 'place en 1266, le 4 octobre, jour de la fête de saint François.
266 ANTHOLOGIE FRANGISGA.INE
J'ai trouvé une science nouvelle,
J'ai pu dans l'homme connaître la vérité ■;
Et détruire la fausseté ; ^ ,
Les Sarrasins seront baptisés,
Les Tartares, les Juifs et maints autres qui sont dans
l'erreur Grâce au savoir que Dieu m'a donné.
J'ai pris la croix ; j'envoie mon amour
A Notre-Dame des pécheurs,
Car il me vient d'elle grand secours ;
Mon cœur est demeure d'amour,
Et mes yeux sont fontaines de pleurs ; ;
Je vis entre la joie, l'extase et les douleurs. "-
Je suis vieux, pauvre, méprisé.
Aide n'ai d'homme qui soit.
Et j'ai sur moi trop lourd fardeau;
J'ai cherché grande chose en ce monde,
Maint bon exemple j'ai donné ;
Je suis peu connu et aimé.
Je veux mourir en mer d'amour ;
Si grands qu'ils soient, je n'ai pas peur
Des mauvais princes ni des mauvais pasteurs ;
J'ai toujours connu le déshonneur
Que font à Dieu les grands seigneurs
Qui mettent le monde dans l'erreur.
RAIMOND IiUIiLE ' 367
Louange, honneur au souverain Seigneur,
Vers lequel monte mon amour,
Qui de lui reçoit sa splendeur ;
Je ne suis pas digne de rendre honneur
A Dieu, tant je suis pécheur ;
Et je suis un faiseur de livres.
Homme vaguant croit faire grand bien
Et à la fin ne fait que peu de chose.
C'est pourquoi il en a ire et peine ;
Tout contrit et tout pleurant
Je veux tant à Dieu crier merci
Qu'il voudra donner l'efficace à mes livres.
(Premières années du XIV« Siècle)
Le frère Hugolin de Monte Giorgio avait été désigné" par le pape Célestin V pour occuper le siège épiscopal de Teramo (Abruzzes), mais Boniface YIII cassa l'élection le 12 décembre 1295. Nous n'avons aucun autre renseignement sur le rédacteur du recueil de traditions dont les Fioretti sont la fidèle et naïve version populaire, mais son livre suffit amplement à le glorifier.
Cependant, pour éviter toute déception au lecteur des Fioretti, il importe de noter avec Paul Sabatier que, si (( le style est le même à travers tout l'ouvrage, l'attention, a assez vivement sollicitée au début, va s 'affaiblissant grâce duellement à mesure qu'on approche de la fin.,. D'une « façon générale on voit clairement que les chapitres du « début, ceux qui se rapportent à saint- François et à la a premièrQ génération de ses compagnons (sauf saint Ance toine de Padoue) sont d'une tout autre envergure que ce ceux oii paraissent les frères de la Marche. Il y a dans ce les premiers, une sûreté de dessin, une grâce enjouée, ce une fleur de bonhomie, une symphonie toute simple^ qui ce s'empare en quelque sorte de nous et nous poursuit ce bien longtemps après que nous avons fermé le livre...
« Dans la seconde partie les belles pages ne sont pas rares, « mais, le dessin prend très vite je ne sais quoi de lâche «et d'appris par cœur; les formules arrivent. Un des « caractères les plus frappants de la première, c'est rince tensité de vie qui y circule... Dès que nous abordons, «au contraire l'histoire des frères de la Marche, nous (c nous trouvons en face d'êtres (qui) ont tous le même « visage, la même voix, les mêmes visions (i) ».
La présente traduction a pour base celle qu'Ozanam a publiée dans ses Poètes franciscains en Italie, revisée sur le texte de l'édition de Cesari (Vérone, 1822).