COMMENT IL FAUT QUERIR LA PAIX
- I. — La première chose que doive faire quiconque veut vivre selon Dieu, c'est dé renoncer au péché et de se corriger de ses vices. Retenez bien ceci : Quand vous voyez dans une maison ou chez un peuple les péchés se multiplier, tenez pour assuré que cette maison, ce peuple n'ont point à espérer la paix. Ces gens peuvent dire des lèvres : « paix, paix, paix ! » la paix n'habite point dans leur cœur. Ils sont de ceux dont Isaïe a écrit '.Non est pax impiis, dicit Dominus (Il n'y a point dé paix pour" les méchants, dit le Seigneur).
^' " Ainsi, ne peut avoir la paix celui qui vit dans le péché. Ils s'ensuit que quiconque désire la paix doit vivre conformément aux Commandements de Dieii.
> Femmes, voulez-vous la paix ? — Oui. Alors
renoncez à votre vanité, à vos vêtements somptueux, à votre luxe ; cessez de faire dès églises le théâtre " de. vos amourettes et de votre impudicité ; ayez un peu plus de crainte de Dieu que vous n'en avez. Et vous tous, citoyens de Sienne, voulez- vous la paix ?
— Oui. — Àlers dépouillez-vous des péchés dont vous êtes couverts ; rappelez les bannis ; empêchez le mal de se commettre; réprimez l'usure. Oh I faites ce que je vous dis, et ne cherchez jamais à entraver la liberté ecclésiastique, car, s'élever contre elle, c'est s'élever contre le Christ, et comme il est plus puis-
~ sant que vous, vous ne recueillerez que sa disgrâce ) . et n'aboutirez jamais à rien. Dieu n'aime pas les
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méchants et les impies. Croyez-en sa parole, quand il yous dit par la bouche d'Isaïe qu'il n'y aura jamais ' de paix pour le méchant... Renoncez donc à vospéchés ; du même coup finiront vos tourments et vous aurez la paix. Renoncez à tout le mal que vous avez commis ; à tout ce qui, en quelque manière, vous paraît contraire aux coinmandements.de Dieu.
Amendez- vous, repentez- vous de vos fautes, recourez " à la miséricorde de Dieu, confessez-vous avec la ferme intention de faire la pénitence que vous imposera le prêtre, et soyez résolus à ne plus jamais- retomber dans vos péchés. Si vous agissez ainsi, Dieu vous donnera paix et tranquillité. Si aii contraire vous ne vous amendez, si vous entendez faire à votre guise, . !l Dieu vous punira. Je vous l'affirme : vos péchés sont la cause de tous les maux qui vous affligent.. Il, est dit dans l'Ecriture Sainte : Propter peccata veniuni a adversa populis (Quand les péchés se multiplient, ils ' -^ sont châtiés par la fortune adverse, c'est-à-dire par leis guerres, par la grêle, par les tempêtes, par les meurtres et par mille autres fléaux que je vous laisse à énumérer), -
II. — Il faut en second lieu chercher la paix. Quand on estime une chose bonne, on se met à sa recherche. Voulez-vous la paix ? — Oui. — Alors . '^ estiinèz-la et recherchez-la. Aimez- vous Dieu ? -7- . Oui. — Alors recherchez les chpses qui vous 'le ; feront trouver et retenez, comme règle générale, que celiii qui méprise la grâce ne la trouvera jamais, que celui qui méprise la sagesse ne la trouvera jamais.
' '■• -^ "SAINT BERNARDIN DE SIENNE Si 5
que la science ne sera jamais possédée par celui qui
-là' méprise. Tout comme celui qui n'aime pas la
grammaire l'ignorera toujours ; de même, si vous
n'appréciez ni n'estimez la paix, vous ne l'obtiendrez
jamais, car la première condition pour trouver une
-chose, c'est de l'aimer et de la chercher. Voulez-vous
la ,paix ? Alors cherchez-la. Qatrite et invenietis :
si vous cherchez la chose que vous aimez, vous la
-trouverez. Vous cherchez la, science, et vous les arts,
et vous la vertu, et vous la paix ? quoi que vous
.cherchiez, vous le trouverez. Il est dit encore : In-
quire pacém, et persequere eam (Cherche la .paix
et demandérla). Demandez-la, redemandez-la, et si
vous ne pouvez l'obtenir, redemandez-la davantage
.encore; je vous l'assure, votre persévérance à la
demander vous la fera obtenir. Mais, une fois que
vous l'aurez trouvée, faites en sorte de ne plus la
"perdre;- dites-vous . que vous avez reçu une grâce
d'en haut, car, être, en paix avec le prochain, c'est
l'être aussi avec Dieu. La paix d'ici-bas est l'ombre
de la paix de l'au delà, tandis que la guerre et la
discorde en nos cœurs sont le gage de la discorde
et de la guerre éternelles. A l'heure suprême. Dieu
dira à ceux qui n'ont jamais voulu que la guerre
et la discorde ici-bas : « Vous n'avez jamais voulu
« que le mal à votre prochain ; à votre tour main-
« tenant d'endurer le mal. »
ÏII. — Après nous être dépouillés de nos péchés et avoir cherché et trouvé la paix, il nous reste à l'accepter, et il ne nous servirait de rien d'avoir
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accompli les deux premiers efforts, si nous reculions^ devant le troisième. Si nous renonçons au péché, sinous cherchons ensuite la paix, et si, l'ayant trouvée, nous ne l'acceptons pas, nous n'avons rien fait. O vous qui, depuis quarante ans déjà, passez vos jours dans la sédition et la haine et refusez d'accorder la paix à vos ennemis, que pensez- vous donc faire à tout jamais ? Hélas ! ne voudrez-vous pas considérer l'état de votre' âme, déjà plongée dans les ténèbres de l'enfer ? Ne voudrez-vous pas songer que vous êtes vieux maintenant, que vous allez arriver à la fin de ces jours dont vous aurez à rendre compte ? En quel état paraîtrezrvoUs devant le souverain Juge ? Sera-ce avec le cœur plein de haine? Pauvres gens, si vous aviez quelque crainte du châtiment qui vous est destiné, si vous ne pardonnez point à vo8~ ennemis,, je vous assure que vous irez bien vite à la recherche de ceux qui vous ont fait injure. Je parle en ce moment dans l'intérêt de votre ville. Savez-vous comment vous devriez traiter les factieux P Vos magistrats devraient promulguer un édit chassant de: la ville tous ceux qui se refuseraient à désarmer et les bannissant comme rebelles, car ce sont vraiment des rebelles aux commandements ,de Dieu. Et je voudrais que la même mesure atteignît ceux qui ne désarmeraient qu'à moitié, ceux qui promettraient de désarmer et. reculeraient devant l'accomplissement de leur promesse. Il est des gens qui sécrètent un affreux venin ; à les entendre, celui-là s'avilit, qui fait la paix avec ceux
qui l'ont offensé. Malheureux I ne savez- vous donc' pas comment Dieu se comporte avec vous ? Oserezvous parler de son avilissement, grâce auquel ceux , qui l'avaient offensé ont reçu leur pardon ? Car Dieu n'a jamais cherché que la paix ; il cherche toujours à pardonner au pécheur. Combien nous spriôns malr heureux s'il ne nous pardonnait ! Ne voyez-vous pas, si vous êtes chrétiens, que Dieu vous commande d'aimer vds ennemis, et de prier pour eux, et de leur faire du bien. Nous devrions nous conduire mieux 'que les payens, et pourtant il siest rencontré des payens qui avaient l'âme assez forte pour ne vouloir haïr personne, qui savaient dire à ceux qui leur avaient fait quelque injure : « Il n'est point en ton pouvoir de me^^ mettre en colère. » Si des payens se sont conduits ainsi, que pensez- vous donc faire, ô chrétiens ? Les infidèles, le Christ, l'Eglise, votre conscience s'unissent pour vous reprendre ; chacun d'eux te crie : Paix I Aussi je vous prie, je vous avertis, je vous ordonne, au nom de Dieu, de pardonner 1...
Il me reste à dire ce que doit faire quiconque < veut véritablement la paix. Il doit d'abord conclure la paix avefrDieu, ce qui s'obtient par la confession ; il doit ensuite vivre en paix avec, le prochain, ce qui se réalise par. l'amour; il doit enfin maintenir son âme dans la paix, ce qu'assure la fuite du péché. Si TOUS n'avez point la paix en vous, le bien que vous pourrez faire ne vous servira de rien pour la vie éternelle ;. bien plus, vous perdrez cette vie éter-
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nelle, faute d'avoir la paix en vous. Vous aurez beau aller mille fois en pèl^erina^e au saint sépulcre ; si vous n'avez point la paix en vous, vous n'acquerrez aucun mérite pour la vie éternelle. Au contraire, si vous avez la paix en vous, vous acquerrez la vie éternelle, sans aller en pèlerinajge au saint sépulcre.. Je pourrais citer des quantités d'exemples de pardon; Le Nouveau Testament en est rempli. Mais à quoi bon les rapporter, quand il suffît de se poser cette question : Suis-je chrétien ? - — ■ Oui. — Alors, si je veux être aimé du Christ, je dois agir comme lui dans la mesure de mes forces. Il a pardonné à ses offenseurs et a prié pour eux le Père éternel. Ainsi devons-nous faire, car ce que le Christ a fait, ici-bas, il l'a fait pour nous instruire. Oh ! mes frères et mes pères, aimez- vous les uns les autres 1 oh ! aimezvous, embrassez- vous, et si le passé n'est pas à l'abri] de tout reproche, pour l'amour de Dieu pardonnez les injures 1 qu'jl n'y ait plus de haine en vous, si vous voulez n'être point haïs de Dieu I Aimez-vous les uns les autres et témoignez de cet amour en paroles, en élans du cœur, comme l'a fait Jésus-Christ pour ses offenseurs. Alors qu'il était cloué au bois de la croix, il n'a montré que de l'amour et point de haine ; du cœur et des lèvres il a prié le Père céleste de pardonner, et ce divin exemple a été compris de tous ceux qui se sont repentis de leurs péchés, comme le centurion, comme Longinj et tant d'autres. Qui donc serait assez pervers et assez] cruel pour se refuser à pardonner pour Tamour dej
SAINT BERiVARDIN DE SIENNE
Dieu ? Ah I que chacun de vous pardonne à son prochain sans hésiter, de tout cœur, pour l'amour de -Notre-Seigneùr I On reconnaîtra les bons citoyens à - c^ qu'ils désarmeront. Dieu dit : « Venez à moi, vous tous qui voulez ma paix, car je veux vous la donner à tous I » Oh I ines concitoyens, et vous, femmes, je vous prie, je vous exhorte, je -vous ordonne, autant qu'il est en moi, de vous aimer les uns les autres et de vivre en paix.
(Prediche volgari, III, SSo-Sgo).