CONSEILS AUX JEUNES FILLES
- Jeunes filles, il y a trois personnes que vous devez écouter : Dieu d'abord, votre père ensuite, et. enfin votre mère.
J'ai dit : Dieu d'abord. Quand vous récitez du fond du cœur votre Ave Maria, savez- vous avec qui > vous vous entretenez ? Vous vous entretenez avec lâ Vierge Marie. De même, quand vous récitez le Pater, vous vous entretenez avec le Seigneur Dieu. Sachez que la Vierge Marie vous rend aussitôt les salutations que vous lui adressez. Ne pensez pas en effet qu'elle soit de ces rustaudes comme il ne s'en rencontre que trop ; elle est l'affabilité même. Elle vous salue tous les soirSj quand la cloche de l'évêché sonne VÀngelus. Gomment pourriez- vous être assez mal élevées pour ne point, lui rendre son salut ? A peine l'avez- vous fait, qu'elle s'entretient avec vous. De même, lorsque vous lui parlez. Dieu aussi vous répond et s'entretient avec vous.
En second lieu vous devez écouter votre père et lui obéir, car il ne vous donnera jamais que de bons et utiles conseils sur les choses de Dieu et sur celles de ce monde.
Enfin vous devez obéir à votre mère, quand elle vous 'dit par exemple : « Ne passe pas ton temps à « la fenêtre, à regarder les jeunes gens sans retenue « qui passent leurs journées -au jeu de paume; ne ff prête point l'oreille aux chansons légères ; ncs t'ar- « rête jamais à écouter les propos des hommes ; ne
«songe à rien d'autre qu'à garder ton honneur. "».;^^ Ah 1 jeune fille 1 si tu savais combien l'honneur est- ' noble chose ! C'est pourquoi aie confiance en ta mère, retiens ses conseils ^et suis-les, car, si tu fais autre- . paent, tu t'en repentiras et tu verseras des larmes' amères. O mes enfants, écoutez ce que le roi" David- / dit de vous, et de vous aussi, jeunes filles : AxiàXi , filia, et vide, et inclina auremiuam (Ecoute, ~ma fille, vois, entends, prête l'oreille à ce que je te dis). Ecoute ce que tu dois entendre et vois~ce que tu dois voir. Songe à ton salut. Garde-toi des entremetteuses. Quand l'une d'elles entre dans une maison, elle trouve toujours moyen de causer à la fille en l'absence de sa mère, et la pauvrette, qui manque de toute expé- \ rience des choses de ce monde, qui est pure et sans malice, ne sait pas démasquer cette femme. Jeune fille, veux- tu que je t'enseigne à la reconnaître? j Ouvre bien les yeux quand qui que ce soit vient tè' voir à la maison, et retiens bien ce que je vais te dire.
Ordinairement l'entremetteuse se présente quand la mère de famille n'est pas au logis ; c'est là un de ses traits caractéristiques, comme celui d'avoir au bras un petit sac à onguents.
Voyons-la maintenant à l'œuvre :
A peine est-elle arrivée, qu'elle s'assied près de la jeune fille et lui demande :
— Gomment va ta mère ? Où est-elle ?
Puis elle la regarde en face, semble prêter attention ' à toute sa personne, et la voilà qui s'écrie :
— Comme tu es ficelée, ma pauvre fille I-tu n'es |
T . ' ' SAINT BERNAROm DE -^ SIENNE 3lX
ni parée ni coiffée I oh dirait une bête, et je trouve vraiment que tu ne prends pas de ta personne les soins que tu devrais. Voyons, songe à t'attifer un peu mieux, à paraître ce que tu es. Tu es la plus belle fille du monde, et tu es aussi négligée qu'une brebis.
La jeune fille, qui n'y voit point malice, lui répond de son mieux. Alors l'entremetteuse se lève et dit :
— ^ Je veux t'attifer de ma propre main.
Aussitôt dit, aussitôt fait, et, tout en attifant sa V. victime, la tentatrice la complimente :
— Comme tu es belle ! Je crois que tu es la plus -jolie fille que j'aie jamais vue.
Pour une jeune fille, il y a là de quoi sauter d'allégresse, car les jeunes filles aiment toujours qu'on les loue de leur beauté. >
Quand la conversation a pris cette tournure et " roule enfin sur un ton familier, l'entremetteuse en vient à placer son message, non sans avoir au préalable mendié de l'argent, ou de la viandée salée, de la saucisse, de la farine, du vin, de l'huile, du pain, car ces créatures n'ont pas coutume de quitter la place sans avoir gratté quelque chose; elles s'arrangent toujours de manière à dérober le plus qu'elles " peuvent. Puis l'enjôleuse reprend :
' " — Il faut que je te fasse part d'une bonne nouvelle ; il y a quelqu'un qui te veut le plus grand bien, .du monde : du bon amour.
Ces femmes-là parlent toujours du bon amours Sais-tu, jeune fille, comment tu devr&is répondre à
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cette insinuation ? Je sais une jouvencelle qui y répondit en appliquant à la messagère d'amour une bonne volée de coups de bâton. Une^ autre appela ,une bande de gamins, leur remit une botte de paille et leur dit :
— Allez à la maison dé la sorcière que voilà avec cette botte de paille, placez-la contre la porte et mettez-y le feu. ,.
Ainsi fut fait, et rien ne resta de la maison. - Jeune fille, agis de même ; n'écoute jamais aucune entremetteuse, et ne t'arrête pas davantage à écouter un de ces galants toujours prêts à déclarer :
— Je voudrais te dire quatre paroles pour ton honneur; il le faut absolument.
Ne l'écoute point, jeûne fille. Je les connais,^ ces quatre paroles, et je sais bien d'autres choses encore,, voire que la reine Berthe filait. J'ai rencontré ailleurs de ces galants qui disaient :
-— Si je pouvais lui parler, si je pouvais lui toucher la main, j'arriverais à gagner son cœur.
Et le malheur, c'est qu'ils disaient vrai ; je ne rapporterai pas ici comment les faits leur donnaient raison ; ce n'est pas à moi de te l'apprendre, ô jeune fille, car il y a dans mon auditoire plus d'un jeune vaurien qui userait du même moyen, s'il le connaissait ; mais je puis t'affirmer que des centaines de malheureuses ont été déshonorées... Ah 1 jeune fille, que la prudence t'accompagne. Ecoute ceux que tu dois écouter, mais garde- toi d'écouter tout le monde.
\PredichevolgaTi,ïl,A^'j-hki.)
SAINT BEHNABDIN DE SIENNE 3l3