‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 10 sur 191 · DURANT LA MALADIE DU ROP · texte numérisé non relu

DURANT LA MALADIE DU ROP

Si la douleur de mon esprit Je ne puis montrer par parole, Ou la déclarer par écrit, Oncques ne fut si triste rôle; Car le mal qui plus fort m'affole.

Je le cache et couvre plus fort ; Par quoi n'ai rien qui me console, Fors l'espoir de la douce mort.

Je sais que je ne dois celer Mon ennui, plus que raisonnable ; Mais si ne saurait mon parler Atteindre à mon deuil importable, A récriture véritable Défaudrait la force à ma main.

Le taire me serait louable.

S'il ne m'était tant inhumain.

Mes larmes, mes soupirs, mes cris, Dont tant bien je sais la pratique, Sont mon parler et mes écrits, Car je n'ai autre rhétorique.

1. Marguerites de la Marguerite des princesses. Édition 1547, t. I, pp. 467-473.

Mais leurs effets à Dieu j'applique Devant son trône de pitié ; Montrant par raison et réplique Mon cœur souffrant plein d'amitié.

O Dieu qui les vôtres aimez.

J'adresse à vous seul ma complainte; Vous qui les amis estimez, Voyez l'amour que j'ai sans feinte ; Où par votre loi suis contrainte Et par nature, et par raison :

J'appelle chacun Saint et Sainte Pour se joindre à mon oraison.

Las, celui que vous aimez tant

Est détenu par maladie.

Qui rend son peuple mal content,

Et moi envers vous si hardie,

Que j'obtiendrai, quoi que l'on die,

Pour lui très parfaite santé ;

De vous seul ce bien je mendie

Pour rendre chacun contenté.

... Par Jésus-Christ notre Sauveur En ce temps de sa mort cruelle.

Seigneur, j'attends votre faveur. Pour en ouïr bonne nouvelle.

J'en suis loin, dont j'ai douleur telle Que nul ne la peut estimer.

0 que la lettre sera belle, Qui le pourra sain affirmer !

Le désir du bien que j'attends Me donne de travail matière ;

Une heure me dure cent ans, Et me semble que ma litière Ne bouge, ou retourne en arrière.

Tant j'ai de m'avancer désir.

O qu'elle est longue, la carrière Où à la fi n gît mon plaisir !

Je regarde de tous côtes Pour voir s'il arrive personne.

Priant sans cesser, n'en doutez, Dieu, que santé à mon Roi donne.

Quand nul ne voit, l'œil abandonne A pleurer ; puis sur le papier Un peu de ma douleur j'ordonne.

Voilà mon douloureux métier.

0 qu'il sera le bienvenu,

Celui qui, frappant à la porte.

Dira : le roi est revenu

En sa santé très bonne et forte !

Alors sa sœur plus mal que morle

Courra baiser le messager

Qui belles nouvelles apporte,

Que son frère est hors de danger...

Sauvez, Seigneur, Royaume et Roi, Et ceux qui vivent en sa vie ; Voyez son espoir et sa foi, Qui à le sauver vous convie.

Son cœur, son désir, son envie, A toujours offert à vos yeux :

Rendez notre joie assouvie.

Le nous donnant sain et joyeux.

Vous le voulez, et le pouvez ; Ainsi, mon Dieu, à vous m'adresse ; Car le moyen vous seul savez De m'ôter hors de la détresse, De peur de pis, qui tant me presse, Que je ne sais là où j'en suis.

Changez en joie ma tristesse.

Las, hâtez-vous ; car plus n'en puis.

LA FOn

Y a-t-il rien qui me puisse plus nuire, Si Dieu me veut par foi à lui conduire ? Digne d'avoir le nom du don d'en haut : Foi, qui unit par charité ardente Au Créateur sa très humble servante.

Unie à lui, je ne puis avoir peur, Peine, travail, ennui, mal, ni douleur : Car avec lui, croix, mort et passion Ne peut être que consolation.

Trop faible suis en moi, en Dieu très forte Car je puis tout en lui, qui me conforte, Son amour est si ferme et pardurable Que pour nul cas elle n'est variable.

Qui sera-ce donc qui me tirera De sa grâce ? qui m'en séparera?

Certes du Ciel la très grande hauteur.

Ni de l'enfer l'abîme et profondeur, Ni la largeur de toute cette terre,

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