‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 124 sur 191 · APPEL A L'UNION · texte numérisé non relu

APPEL A L'UNION

La raison et les exemples nous ont fait connaître de tout temps que l'union est la conservation de tautes sortes d'États et Sociétés, conime la désunion en est la dissipation. Pratiquons cette maxime mieux que par le passé, puisque c'est le fondement de notre édifice. Aussi ai-je commencé par cet article comme le plus important, le plus difficile à exécuter et qui néanmoins dépend de nous entièrement. Quel courage donnerons-nous à nos ennemis de nous refuser ce qui dépendra d'eux, jugeant notre faiblesse par notre désunion ! Quel avantage leur donnerons-nous pour courre sus à notre ruine, si nous leur ouvrons la porte par la dissension ! et pourtant jusques ici avons-nous fait autre chose? N'est-ce pas un cas étrange que la raison, qui seule nous distingue des bêtes, et qui seule nous doit faire discerner le bien du mal, est celle seule qui nous fait préférer à l'avancement du règne de Dieu les richesses du monde ; à la vengeance de sa

]. Discours prononcé îi l'assemblée de Saumvir en 1611. Mémoires du duc de Rohan, éd. 1665, l'^ partie, pp. 104 à 106.

querelle, les nôtres particulières, et à notre propre salut, la vanité d'être employés au préjudice de nos plus proches?

Il nous faut prier Dieu qu'il corrige ces défauts, et nous anime de telle façon que nos paroles autrefois employées à nous trahir soient maintenant un gage infaillible de notre fidélité. Que cette Assemblée donc montre avoir soin d'un chacun. Qu'elle reçoive les plaintes des particuliers, s'enquérant de ceux que la modestie fait taire ; poursuive avec fermeté la justice de leurs causes, afin que l'on n'ait sujet de chercher aucun appui. C'est là le ciment de notre liaison, car si nous sommes lâches en ce point, chacun cherchera un nouveau Protecteur.

. . . Pour cet effet, il faut un Conseil où toutes (les provinces, aient part. Vous ôtez parla l'espérance de ceux qui prétendent la protection des Églises, lesquels ne se jettent parmi nous que pour faire leurs affaires à nos dépens. Et tenez pour maxime indubitable que nul ne cherche cette qualité que pour tromper de tous côtés. Nous ne pouvons avoir d'autre Protecteur que notre Roi, lequel, puisqu'il est tel, et nous ses sujets, qui n'avons jamais eu aucune intelligence avec les ennemis de l'État, nonobstant les massacres et les feux allumés, avons fidèlement servi notre Prince quand il Ta désiré, nous avons juste sujet de demander et insister fermement pour être admis à toutes les charges et dignités de ce Royaume. Ce serait chose cruelle que nous qui faisons partie de l'État, qui sommes Français naturels, fussions exclus de ce que les étrangers possèdent ; et à la sollicitation encore de ceux qui prêchent qu'un homme mortel, quand il lui plaît, peut délier les sujets du serment de fidélité, et condamne notre religion de ce qu'elle commande au contraire

robcissaiico à nos Rois, fiisscnt-ils infidèles. Il ne faut pas douter que, quand telles gens posséderont l'oreille de nos Rois, nous ne rencontrions en ce fait beaucoup de difficultés. Mais il faut que notre résolution et union les surmontent, car sans l'exécution d'icelui, nous ne pouvons vivre en honneur.

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