‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 127 sur 191 · LE TEMPS PRESSE · texte numérisé non relu

LE TEMPS PRESSE

... Vous, hommes faits, qui êtes en la grande vigueur de votre âge, en état de servir à Dieu, à l'Église et à vos prochains, et qu'il exhorte aujourd'hui par ma bouche à quitter votre mauvais train et à vous convertir à lui, songez à votre conscience et à votre salut, et vous armez de cette pensée que, comme Jésus- Christ, en qui vous croyez, a été crucifié pour vous en la chair, vous aussi, pour l'amour de lui, devez crucifier votre chair avec ses convoitises, afin que le temps qui vous reste en chair, vous ne viviez plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu. Le temps passé vous doit avoir suffi pour accomplir la volonté des enfants de ce mondes lorsque vous

l. Op. cil,, 1" partie, pp. 338-357,

conversiez avec eux en insolences et en convoitises. Maintenant il est temps, au lieu de courir avec eux en un même abandon de dissolution, de penser à bon escient au compte que vous avez à rendre à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts. Vous ne savez quel loisir vous en aurez pour l'avenir. Usez donc du présent, et faites bien pendant que vous en avez le temps ; car qu'est-ce de cette vie, que l'Écriture accompare à un vent, à une nuée, à une vapeur, à une fumée, à une ombre, à un songe, voire qu'elle appelle la vanité même ? Si elle est courte, elle est encore plus incertaine.

Et vous, vieillards, qui durant tant d'années avez joui de la lumière de son soleil et du bénéfice de sa parole, et qui, après tant de bienfaits que vous avez reçus de sa main et tant de prédications que vous avez ouïes de sa bouche, êtes aussi stériles en bonnes œuvres que si vous n'en aviez jamais ouï ni reçu, semblables à ces vaches maigres du songe de Pharaon, qui, après avoir mangé les sept grasses, étaient aussi maigres qu'auparavant : si jusqu'ici vous n'avez point appliqué votre cœur, comme vous deviez, à le rechercher et à le servir, pensez-y au moins à cette heure, et employez utilement ce peu qui vous reste de vie. N'attendez pas, comme le mauvais riche, à regarder au ciel lorsque vous serez en enfer, et ne vous flattez point en cette imagination que ce sera assez d'y penser à l'heure de la mort.

. . .Nous tous en général, mes frères, si nous oyons aujourd'hui sa voix, n'endurcissons point notre cœur, mais cherchons l'Éternel pendant qu'il se trouve ; tâchons à rappeler, par notre repen tance, sa bénédiction et sa paix, que nous avons éloignées de nous par nos fautes... N'attendons pas, mes frères, que ce malheur

soilà la porte...; mais prévenons de bonne lienre l ire de Dieu i>ar notre amendement, el, pendant que nous possédons encore sa grâce, retenons-le bien, de peur qu'elle ne se retire de nous tout à fait. Disons à notre Seigneur Jésus-Christ, comme les deux disciples quand il feignait de vouloir passer outre et de les laisser en Emmaûs : Seigneur, demeure avec nous, car le soir vient. Ce qu'ils disaient pour sa commodité, disons-le pour notre salut. Le soir vient, les ténèbres approchent. Seigneur, ne nous délaisse point. Ote-nons nos biens et nos aises, s'il est nécessaire pour nous sauver; mais ne nous ôte point ta Parole, sans laquelle nous ne pouvons avoir ni consolation ni salut. Car, si tu te retirais une fois de nous, avec ce gage précieux de ta sainte alliance, hélas I Seigneur, que deviendrionsnous?...

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