LA CONSTANCE DES MARTYRS
Les martyrs regardaient bien, je l'avoue, à la rémunération et à cette couronne de justice qui leur était réservée au ciel, après qu'ils auraient combattu le bon combat, gardé la foi et achevé leur course ; mais si avec cela ils n'eussent été enflammés d'un très ardent amour envers Dieu, jamais l'espérance d'un bien à venir ne les eût fait résoudre à la souffrance de tant de maux présents, et, pour être un jour bienheureux, ils eussent eu beaucoup de peine à se rendre misérables dès cette vie. Car un mal présent (et combien plus une armée de maux et de maux les plus effroyables que puisse souffrir la nature humaine; frappe bien autrement notre imagination et nos sens que ne fait un bien à venir, et même un bien que nous ne voyons point et que nous ne saurions concevoir. Mais ils avaient une si éminente et si forte idée de l'objet unii[ue de leur amour, et étaient tellement touchés des obligations infinies qu'ils avaient à l'aimer, que, quand
1. Sermons sur divers textes de V Ecriture sainte, (îenève, 1660. 2» partie, pp. 219-221.
môme à le servir et à porter la croix de son Fils il n'y eût eu autre avantage que de lui témoigner leur affection, ils la lui eussent témoignée fort volontiers., eussent-ils dû être consumés dans les tourments et être entièrement anéantis, comme des victimes immolées sur son autel. C'est donc justement que notre apôtre, pour désigner leur constance en la croix, nous l'a exprimée ici par sa vraie, première et principale cause, qui est l'amour de Dieu, amour dont les embrasements sont des embrasements de Jeu, et comme une flamme divine que beaucoup d'eau et même des fleuves entiers des persécutions n étaient pas capables d'éteindre...