LA TRANSFORMATION NÉCESSAIRE
Toi, qui as si peu de soin de complaire et agréer à Jcsus-Ghrist en tes actions, d'où vient ce manquement, sinon de ce que tu ne considères point ce grand amour que Jésus-Christ t'a porté, d'avoir voulu mettre sa vie pour toi? Toi, que la splendeur et le lustre des dignités et honneurs de ce monde, ou l'avarice et l'amour des richesses mondaines, porte à travers champs, d'où vient ton manquement, sinon de ce que tu ne considères point en Jésus-Christ la beauté, la gloire et les richesses du royaume des cieux ? Tu penses, je Tavoue, à la félicité et gloire du Paradis que Jésus-Christ promet à ses fidèles ; mais c'est une pensée qui passe comme un éclair par ton esprit; ce n'est pas une méditation véhémente et permanente ; car, si c'était une méditation véhémente, elle ferait des impressions en ton cœur de l'amour de Dieu et de son règne, et te transformerait eu l'image de Dieu, te donnant des affections toutes nouvelles et célestes, selon que dit l'Apôtre au douzième de TÉpître aux Romains : Soyez transjorniés par le renouvellement de votre entendement, pour éprouver quelle est la volonté de Dieu bonne, plaisante et parfaite. De même, d'où vient, ô chrétien ! que tu doutes souvent de la grâce de Dieu, soit à te pardonner tes péchés, soit à te subvenir ici-bas en tes nécessités, et te délivrer de tes dangers, sinon de ce que tu ne considères pas ce
1. De la Révérence et Obéissance dues à l'Evangile ou Sermons sur les chapitres m, iv, v et \idc VÉpîlre aux Hébreux. Genève, 1655, p. 25.
grand et divin sacrifice par lequelJésus-Ghrist a effacé tes péchés, et la comparution de Jésus-Christ à la dextre du Père pour intercéder pour toi et t'obtenir toutes les choses qui te seront nécessaires et salutaires ? En somme, mes frères, tout ce que nous vous inculquons de Jésus-Christ et de son Évangile, et tout ce que nous vous proposons par tant de prédications, n'est que pour vous amener à cette sérieuse et attentive considération de Jésus-Christ, et changer les pensées légères que vous en avez en fixes méditations, et les égarements que les affections charnelles produisent en vos entendements en une attentive et arrêtée contemplation de la beauté et de la gloire de Dieu en la face de Jésus-Christ.