LE TEMOIGNAGE DES APOTRES
Je veux qu'ils [les apôtres) aient aimé leur maître très ardemment durant sa vie, pour les hautes espérances qu'il leur faisait concevoir d'avoir quelque jour une grande part efl son règne : qui ne voit que, sa croix venant à découvrir la vanité de leurs pensées, toute Taffection qu'ils avaient eue pour lui auparavant devait, pour toute raison, non se refroidir et s'éteindre seulement, mais encore se changer en dépit et en haine contre lui, pour avoir ainsi été abusés ? D'où il fût arrivé qu'au lieu de le louer, ils l'eussent décrié; au lieu de le feindre ressuscité, ils l'eussent accusé d'imposture. Mais, quand l'amour qu'ils portaient à leur maître eût pu soutenir un si rude choc sans s'altérer ou s'affaiblir, qui croira que, pour relever la réputation d'un crucifié, ils eussent voulu exposer leur vie à tant de misères et de disgrâces?... Le témoignage des apôtres se rendait, non à un roi, mais à un crucifié ; il se publiait au milieu d'un peuple, non ami, mais ennemi du défunt, qui venait de le faire mourir sur une croix, entre deux brigands. U apportait aux apôtres, non les applaudissements, mais la haine et l'exécration de leur patrie ; puisque à peine eurent-ils ouvert la bouche pour publier cette rés^irrection, que les sergents les saisirent, les magistrats les condamnèrent, les bourreaux les fouettèrent publiquement, toute leur nation s'émut contre eux avec
1. Sermons de la naissance, de la mort, de la résurreciion et de l'ascension de notre Seigneur Jésus-Christ. Genève, 1651, 6' sermon, pp. 386 et suiv.
une forcénerie incroyable. Quelle apparence que des créatures, douées de la moindre étincelle de sens commun, se pussent résoudre à souffrir tant de maux si réels et si véritables, pour gratifier d'un vain, faux et imaginaire honneur les froides cendres d'un ami mort ?
... Us persévérèrent jusques à leurs derniers soupirs dans leur première pauvreté, sans train et sans équipage, avec une si prodigieuse frugalité que le plus habile d'entre tous gagnait sa vie à travailler de ses mains, bien qu'il rende témoignage à ses disciples de l'avoir si ardemment aimé qu'ils lui eussent volontiers donné jusqu'à leurs propres yeux, s'il en eût eu besoin... Quant aux apôtres, au lieu de se retirer dans les lieux écartés, ils se montrèrent et vécurent dans les villes les plus peuplées et les plus fameuses de l'univers, où il était impossible de rien remuer sans être découvert, pour la majesté du peuple romain qui y résidait. Et bien que les persécutions qu'on leur faisait fussent capables de jeter hors des gonds les personnes les plus insensibles, si est-ce qu'ils n'opposèrent jamais la moindre résistance aux cruautés de leurs ennemis, ni ne convièrent leurs disciples à user de voies de fait pour les recourre, bien qu'ils en eussent grand nombre et capables de faire quelque chose, s'ils eussent voulu s'en servir. On les voyait errants çà et là, sans maison, sans deniers, sans suite, sans plaisir ni contentement, nus, destitués, calomniés, haïs, fouettés, lapidés, persécutés par les magistrats et par les peuples, et tous, un ou deux exceptés, après une si funeste forme de vie, mourant de mort violente et honteuse, laissant pour tout empire à leurs successeurs le patron de cette triste discipline et le commandement de la suivre
exactement, de ne rien convoiter ni craindre, de ne rien ôter à autrui sous quelque prétexte que ce soit, et de ne leur rien refuser du nôtre, non, pas notre sang, ni notre vie même, s'ils en ont besoin.
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CHARLES DRELINCOURT
Charles Drelincourt est né à Sedan, le 10 juillet 1595, et mort à Paris, le 3 novembre 1660. Après de brillantes études à l'académie protestante de sa ville nalale, il fut appelé, en 1620, malgré son jeune âge, par le consistoire de Paris à desservir Téglise de Charenton. 11 y exerça son ministère pendant près d'un demi-siècle et s'y acquit une grande réputation de prédicateur. Outre ses sermons, il a publié des écrits de dévotion et de controverse. La France protestante (^2^ éd., t. V, pp. 488-49o) indique 62 ouvrages de lui. Nous citerons : Prières et méditations pour se préparera la communion (1621); — Abrégé des controverses (1628) ; — tes Consolations de Vâme Jidélc contre les frayeurs de ta mort (16ol); — les Visites charitables ou les consolations chrétiennes pour toutes personnes affligées (1665). — Tous les ouvrages de Drelincourt ont été souvent réimprimés, les Consolations chrétiennes Tout été quarante fois. « Ses prédications, dit Bayle, étaient fort édifiantes; il était incomparable dans la consolation des malades ; et il s'employait avec grand soin aux affaires de son Eglise, et même à celles des autres troupeaux sur lesquelles il ne manquait jamais d'être consulté quand elles étaient importantes. On ne saurait dignement représenter
les services qu'il a rendus à l'Eglise par la fécondité de sa plume, soit que l'on regarde ses livres de dévotion, soit que l'on regarde ses livres de controverse. ^)