L'HORREUR DE LA MORT
Enfin cherchez tout ce qu'il y a de plus riche et de plus rare dans l'antiquité païenne; feuilletez les écrits des oratcLirs les plus éloquents, des philosophes les plus subtils et des poètes les plus célèbres ; pénétrez dans tous les plus beaux secrets de tous ces grands et savants médecins; considérez toutes leurs pratiques et examinez les effets de tous leurs remèdes, vous reconnaîtrez que toutes leurs cures sont palliatives. Ils ne font que charmer le mal, et que flatter et endormir la plaie. Ils composent l'extérieur de Ihomme et lui apprennent à faire bonne mine. Mais ils n'ont point d'antidote contre le venin qui détruit le principe de la vie, ni de remède qui pénètre jusques au cœur. Et comme il y a des torrents qui se sèchent en la saison des ardeurs les plus cuisantes, ainsi toutes les consolations qui ne découlent pas de la source de vie se trouvent sans efiicace, lorsque la profonde tristesse, la frayeur et l'angoisse se saisissent d'une âme pécheresse.
II semble que les auteurs de la religion païenne ont aperçu quelque rayon de cette vérité ; car ils ont consacré des temples et des autels à toutes sortes de dieux
1. Les Coiisolulions de l'ùme fidèle contre les frayeurs de la mort, 1661, chap. a, pp. 19-20.
et de déesses. Ils en ont érigé non seulement aux vertus et à la santé, mais aussi aux vices et aux maladies, comme à la peur, à la lâcheté, à la colère, à la fièvre, à la peste et à une infinité d'autres. Mais ils n'en ont point du tout dédié à la mort. C'était un témoignage public qu'ils ne savaient comment s'apprivoiser avec elle et se la rendre propice. Ils n'avaient point de sacrifices ni d'encens pour apaiser sa fureur. Ils la tenaient pour leur plus craelle et leur plus irréconciliable ennemie. Le nom seul de la mort leur faisait horreur et c'était l'un de leurs plus mauvais augures.