‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 138 sur 191 · JEAN OGIER DE GOMBAUD · texte numérisé non relu

JEAN OGIER DE GOMBAUD

Jean Ogier de Gombaud est né à Saint-Just-de-Lussac,en Saintonge, dans les dernières années du seizième siècle, et mort à Paris, en 1666. Après avoir fait ses études à Bordeaux, il vint à Paris sur la fin du règne de Henri IV. Il fut un des familiers de l'hôtel de Rambouillet, l'ami intime de Conrart et l'un des fondateurs de l'Académie française. Ce fut lui qui revit le plan du Dictionnaire proposé par Chapelain et qui mit la dernière main au jugement de l'Académie sur le Cid. Il cultivait surtout le sonnet et l'épigramme. Celui de ses ouvrages qu'il préférait ne fut imprimé qu'après sa mort : Traités et lettres touchant la religion (Amsterdam, 1669).

LA VENUE DE JESUS-CfIRIST '

Ce grand Médiateur est donc venu, tel qu'il avait été prédit, non en forme de conquérant, comme Cyrus

1. Considéralions sur la religion chrétienne, chap. iv, | xvni, dans Traités et lettres..., pp. 47-49.

ou comme Alexandre ; mais comme un homme de douleurs et consacré par les afflictions pour être la victime publique du genre humain, et dont le mérite est suffisant pour tous, mais seulement applicable à ceux qui croient en lui. Il est venu non répandre le sang d'autrui, mais le sien propre, et combattre la rébellion par l'obéissance, la force par la faiblesse, l'orgueil par l'humilité ; et c'est ce qui le fait voir plus grand et plus divin, ce qui nous ravit en admiration, et ce qui nous le fait adorer. Voilà le seul objet de la religion, qui n'est pas seulement l'art de sauver riiomme, mais d'en faire un Dieu, sans préjudice ni de l'unité divine, ni de la sainte Trinité. Car quel nom peut-on donner au fils de l'homme, qui ne fait qu'une même personne avec le fils de Dieu ? et de quelle race doit-on estimer ceux qu'il a daigné tant honorer que de les appeler ses frères?

Or cette religion s*est établie, non par brigues ou par monopole, non par la faveur des rois ou par les suffrages des peuples, non par la subtilité des philosophes ou par la persuasion des orateurs ; non, enfin, par une multitude d'hommes, comme la mahométane, ni par une multitude de dieux, comme la païenne ; mais par la seule proposition d'une simple et nue vérité.

Cette vérité, pourtant, malgré toutes sortes de contradictions, n'a pas laissé de se faire entendre par toute la terre; elle a vu devant elle toutes les erreurs se confondre, toutes les sectes se dissiper et s'évanouir; elle a vu cesser les faux oracles, et tomber les idoles et leurs adorateurs.

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