‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 16 sur 191 · Extraits, Œuvres, édition de 1596, p. 183 et suiv · texte numérisé non relu

Extraits, Œuvres, édition de 1596, p. 183 et suiv

De jour, mon Dieu, je t'invoque sans feinte, Et toutefois ne répond la voix sainte ; De nuit aussi, et n'ai de quoi éteinte Soit ma clameur.

Nos pères ont leur fiance en toi mise, Leur confiance ils ont sur toi assise, Et tu les as de captifs en franchise Toujours boutés.

A toi criants, d'ennui furent ôtés; Espéré ont en tes saintes bontés, Et ont reçu, sans être reboutes.

Ta grâce prompte.

Chacun qui voit comme ainsi tu m'abats De moi se moque et y prend ses ébats ; Me font la moue, et puis haut et puis bas Hochent la tête.

Puis vont disant : Il s'appuie et s'arrête Du tout sur Dieu, et lui fait sa requête : Donc qu'il le sauve, et que secours lui prête S'il l'aime tant.

Ne te tiens donc de moi si détourné.

Car le péril m'a de près ajourné.

Et n'est aucun par qui me soit donné Secours ni grâce.

Et tout ainsi qu'un lion ravissant.

Après la proie en fureur rugissant, Ils ont ouvert dessus moi languissant Leur gueule gloute.

Las ! Ma vertu comme eau s'écoule toute, N'ai os qui n'ait la jointure dissoute, Et comme cire en moi fond goutte à goutte Mon cœur fâché.

Car circuit m'ont les chiens pour me prendre ; La fausse troupe est venue m'ofFendre ; Venue elle est me transpercer, et fendre Mes pieds et mains.

Compter je puis mes os du plus au moins, Ce que voyant les cruels inhumains, Tous réjouis, me jettent regards maints Avec risée.

Jà ma dépouille entre eux ont divisée : Entre eux déjà ma robe déposée Ils ont au sort hasardeux exposée A qui l'aura.

Seigneur, ta main donc ne s'éloignera, Ains par pitié secours me donnera, Et, s'il te plaît, elle se hâtera,

Mon Dieu, ma force.

Sauve de glaive et de mortelle étorce Mon âme, hélas ! que de perdre on s'efforce ; Délivre-la, que du chien ne soit morse. Chien enragé.

... Si compterai à mes frères fidèles Ton nom très haut ; tes vertus immortelles Dirai parmi les assemblées belles, Parlant ainsi :

Vous, craignant Dieu, confessez-le sans si ; Fils de Jacob, exaltez sa merci ; Crains-le toujours, toi d'Israël aussi La race entière :

Car débouté n'a l'humble en sa prière Ni détourné de lui sa face arrièçe :

S'il a crié, sa bonté singulière L'a exaucé.

Ainsi ton los par moi sera haussé En grande troupe, et mon vœu jà dressé Rendrai devant le bon peuple amassé, Qui te craint, Sire.

... Cela pensant, tous se convertiront Les bouts du monde, et à Dieu serviront : Bref, toutes gens leurs genoux fléchiront En ta présence.

Car ils sauront qu'à la divine essence Seule appartient règne et magnificence, Donc sur les gens seras par excellence Roi conquérant.

Puis leurs enfants à te servir et croire S'inclineront, et, en tout territoire, De fils en fils il sera fait mémoire Du Tout-Puissant.

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