‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 165 sur 191 · PRIÈRE · texte numérisé non relu

PRIÈRE

... Ceux qui nous affligent se confient en leur puissance charnelle : mais, ô notre bon Dieu ! nous nous confions en toi. N'es-tu pas TÉternel des armées, le Dieu Grand, Puissant et Terrible, qui peux consumer tes ennemis comme de la paille et les dissiper comme de la fumée ? Nous sommes faibles et petits ; mais tu es notre force. Nos pères nous ont raconté toutes tes merveilles : c'est pourquoi nous mettons toute notre confiance en toi. Viens donc à notre secours, ô notre bon Dieu ! ne tarde pas davantage. Aie pitié de notre infirmité. Abrège ces jours d'affliction pour l'amour de tes élus, de peur qu'une trop longue soufTrance n'achève de les faire périr.

1. Requête à Dieu ou prière générale des Fidèles persécutés et massacrés en France pour le service de Dieu (]692 ou 1694). — Pièces pieuses, pp. 14-15. — Reproduit dans l'ouvrage cité de Ch. Bosï, pp. .5.58 et 56r».

Alors, Sci<j;i)f3ur, notre bouche publiera partout tes jiierveilles et ta justice, et chantera hautement tes saintes louanges. Nous aurons toujours ta crainte lîevant les yeux, nous obéirons toujours à tes saints commandements, nous nettoierons ton sanctuaire, nous ne souffrirons plus au milieu de nous les impurs, les méchants, les profanes, les impies, tous ces nouveaux Hacans, qui allument ta colère contre tout ton Peuple ; et nous travaillerons sans cesse pour l'avancement de ton Règne, et pour la gloire de ton Saint Nom.

Cependant, Seigneur, nous te prions pour tous ceux (jui ont besoin de ta grâce et de ton secours. Donneleur à tous toutes les choses qui leur sont nécessaires pour leur salut et pour leur consolation. Bénis aussi toutes les Puissances de la Terre. Remplis-les toutes des lumières de ton Saint-Esprit, et d'un saint zèle pour ta gloire, pour l'avancement de ton Règne et pour la délivrance de ton pauvre Peuple. Fais, Seigneur, que sous leur juste domination, nous puissions tous mener une vie douce et tranquille, et te servir en toute liberté et honnêteté. Nous te prions même pour ceux qui nous persécutent. Humilie-les, Seigneur ; mais n'achève pas de les détruire. Aie pitié de leur ignorance, et convertis-les par ta grâce. Pousse des ouvriers dans ta moisson; donne efficace à ta Parole; répands ton Esprit sur toute chair; éclaire tous les Peuples de la Terre ; afin, Seigneur, qu'ayant tous ta connaissance, ta crainte et ton amour, nous vivions tous comme tes Enfants, que nous te servions tous d'un même cœur, que nous te bénissions tous, et que nous te glorifiions tous ; jusques à ce que tu nous élèves tous dans le Palais de ta Gloire, où nous célébrerons éternelle m ont ton Saint Nom. Exauce-nous,

ô notre bon Dieu et notre bon Père ! pour l'amour de ton cher Fils notre Sauveur, qui a souffert la mort pour nous tous, et au précieux Nom duquel nous te demandons toutes ces grâces et nous t'invoquons.

LETTRE A BAYILLE '

Monseigneur,

J'ai vu une de vos ordonnances, du 26 juin 1693, que vous avez fait placarder dans la province de Languedoc et dans laquelle vous dites qu' « étant informé que je continue d'inspirer un esprit de révolte aux peuples, et que je les porte autant qu'il m'est possible à contrevenir aux ordres du roi, ce qui mérite que je sois puni comme perturbateur du repos public, vous promettez de donner la somjne de 5.000 livres à quiconque me découvrira à Votre Grandeur et vous donnera le moyen de me faire arrêter ». Mais permettezmoi, Monseigneur, de représenter à Votre Grandeur, avec une humilité profonde et dans la nécessité d'une légitime défense, que je ne puis pas vous reconnaître pour mon juge. Soit parce que depuis l'abolition des édits et traités de pacification qui étaient perpétuels et irrévocables, qui d'ailleurs étaient très justes en eux-mêmes, qui étaient même très nécessaires pour la prospérité, la gloire et la puissance de l'État..., nous sommes privés de la protection de nos juges lé-

1. 10 juillet 1693. — Lettres et opuscules (Utrecht, 1701), pp. 101-

gitimes, et traités non pas en personnes libres, mais en esclaves ; et en effet on dispose de nos biens, de nos enfants et de nos vies comme si nous étions tels, quoiqu'on ne paye pas des tailles et des impôts pour être traités de la sorte. C'est pourquoi nous ne pouvons regarder que comme des violences et des oppressions tous les maux qu'on nous fait soufTrir. — Soit parce que les calamités qu'un grand nombre de nos frères ont souffertes sous votre intendance dans le Poitou, dans le Vivarais, les Cévennes, dans le Bas- Languedoc et le Haut-Languedoc, pour s'être assemblés au nom du Seigneur Jésus, afin d'adorer Dieu en esprit et en vérité, d'invoquer son saint nom et de célébrer sa gloire par le chant de ses louanges immortelles, font voir à toute la terre que vous êtes extrêmement prévenu contre un pauvre peuple qui ne fait mal à personne et qui ne demande que la liberté de servir Dieu selon ses commandements.

Cependant, si j'avais à me défendre devant des juges compétents et non suspects, je ne serais pas en peine de faire voir mon innocence. On me traite de frénétique et de perturbateur du repos public. Mais c'est ainsi que les serviteurs de Dieu ont toujours été traités... Je ne suis pas un méchant homme; tous ceux qui ont été les témoins de ma conduite... peuvent rendre témoignage que j'ai vécu dans le monde avec l'approbation publique, comme un homme de bien, craignant Dieu et sans reproche.

Je ne suis pas non plus un perturbateur du repos public; mais je suis un fidèle serviteur de Dieu, qui travaille à l'instruction, au salut et à la consolation de son peuple désolé. Dans les très humbles requêtes et dans les autres écrits que j'ai pris la liberté d'envoyer en cour, j'ai plusieurs fois protesté, et je le fais

eucore, comme devant Dieu que je prends à témoin de ce que je dis, que ce n'a été ni par l'ordre ni parle conseil d'aucune puissance étrangère, directement ni indirectement, que je suis revenu en France ; et que ce n'est non plus ni par l'ordre ni par le conseil d'aucune puissance étrangère, ni d'aucun homme du monde, que je m'applique à instruire et à consoler mes frères. Mais que c'a été uniquement par le mouvement de ma conscience et de l'Esprit de Dieu que je suis revenu dans ce royaume. Je puis bien prendre encore à témoin ce grand Dieu, qui connaît mes plus secrètes pensées, que c'est uniquement pour la crainte de son nom et pour les intérêts de sa gloire, de son service et du salut de son peuple, que je m'expose depuis si longtemps à tant d'alarmes, à tant de dangers dans ce royaume.

Plût à Dieu qu'il eût plu au roi de faire quelque considération des avis sincères que j'ai pris la liberté d'envoyer à la coiir depuis dix ans et davantage ; il ne se trouverait pas dans l'élat où il est maintenant, et on n'aurait pas sujet de craindre ce qu'on a sujet de craindre encore ; car enfin, Monseigneur, Dieu frappe maintenant l'État de terribles fléaux et il faudrait être bien aveugle pour ne pas IcAoir.

Mais cela n'est rien en comparaison des suites que l'on doit craindre raisonnablement. L'Etat se soutient encore avec éclat, parce qu'il emploie toutes ses forces ; mais, en les employant, il les consume. Le royaume est dans un état violent, mais les choses violentes ne sont pas de durée... On ne peut pas dire, Monseigneur, que nous ne soyons de vrais fidèles. Nous ne servons pas les créatures, mais l'Éternel, le Dieu vivant et véritable, le Créateur du ciel et de la terre , nous mettons toute notre confiance en la miséricorde

de Dieu le Père, en la grâce de Jésus-Christ son Fils, et au salutaire secours du Saint-Esprit : c'est ce grand Dieu dont j'ai toujours la crainte devant les yeux, dont je médite sans cesse la Parole depuis mon enfance, qui a daigné me faire participant de sa lumière...

C'est pourquoi je supplie Votre Grandeur de cesser enfin de persécuter un innocent et un fidèle serviteur de Dieu, qui ne peut se dispenser de s'acquitter des devoirs de son ministère. Autrement, je déclare que j'appelle de votre ordonnance devant le Tribunal de Dieu, qui est le Roi des rois, le souverain Juge du monde. Le Maître que je sers et pour lequel je souffre depuis si longtemps tant de martyres, qui m'a conservé jusqu'à cette heure au milieu des flammes de cette horrible persécution, ne m'abandonnera pas, s'il lui plaît, à l'avenir, et me fera justice.

Clvude Brous son, serviteur de Jésus-Christ.

COiNTRE LES HÉSITANTS V

... La moindre chose suffit pour empêcher la plupart des gens de se trouver dans les saintes assemblées. Ils voudraient que Dieu leur fît prêcher son Évangile selon leur commodité; autrement ils n'osent pas sortir de leur maison, pour ouïr sa Parole et pour

1 . La Manne mystique du Désert, ou sermons prononcés en France dans les déserts et dans les cavernes durant les ténèbres de la nuit et de V affliction, les années 1089, 1690, 1091, 1692 et 1093. — • Tome I, pp. IQl à 103.

lui rendre le service (lui lui est du. La moindre menace qu'on leur fait de les mettre en prison ou de leur envoyer quelques soldats pour leur faire manger une partie de leur pain et boire une partie de leur vin est capable de leur faire renier de nouveau leur Sauveur. Lâches et infidèles chrétiens, qu'eussiez-vousfait au commencement du Christianisme, lorsqu'on faisait dévorer les fidèles par les bétes féroces, ou qu'on déchirait leur corps avec des grifTes de fer, ou qu'on leur faisait souffrir tous les autres tourments que l'enfer pouvait inventer ? Qu'eussiez-vous fait au commencement de la Réformation, lorsqu'on brûlait tout vifs ceux qui professaient la vérité ? Vous n'auriez pas voulu vous sauver par ce prix-là, et maintenant vous vous feriez mahométans, et pis encore, pour éviter de pareils martyres. Lâches et infidèles chrétiens, vous ne voulez donc pas suivre les traces de ces généreux fidèles qui, au commencement du Christianisme et dans le siècle passé, souffrirent de si grands maux pour donnergloireà Dieu, pour acquérir ou pour conserver la précieuse liberté de le servir et de chanter ses saintes louanges ? Ah ! ne vous glorifiez point d'être le peuple de Dieu, puisque vous n'avez pas à cœur les intérêts de sa gloire et de son service. Ne vous vantez pas d'être la postérité des saints, puisque vous n'êtes point les héritiers de leur foi, de leur zèle et de leur constance.

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