SOMMEIL DE CONSCIENCE
La conscience est souvent d'accord avec le péché ; endormie ou insensible au poids qui l'accable, elle n'a ni le courage ni la force de se remuer. Le pécheur qui jouit d'un profond repos ne peut se résoudre à le troubler lui-même; il ne peut comprendre qu'il soit nécessaire de se rendre malheureux et que la crainte et la douleur soient le chemin qui doive le conduire au bonheur ; il n'aime point à connaître ses péchés pendant qu'il les commet, parce qu'il en découvrirait toute Thorreur ; il n'aime pas à les voir f{uand ils sont commis, parce qu'il éprouverait des agitations et des remords ; ainsi, au lieu d'examiner son cœur pour en calculer les actions et les mouvements, il en détourne la vue, il se fuit lui-même, il écarte tous les objets qui peuvent dissiper l'enchantement et porter la lumière dans la conscience. Ne vous flattez pas, pécheurs ; cette paix que produit l'ignorance est le plus dangereux de tous les états ; la paix sans le péché est le plus grand de tous les biens ; la tranquillité de la conscience et la sérénité d'une Ame que la crainte de l'avenir ne trouble point sont l'avant-goût de la félicité; mais la paix avec le péché est une paix d'autant plus funeste que c'est l'habitude du crime qui la produit et qui l'entretient. Pendant qu'il y a du trouble dans le cœur, on a lieu d'espérer le repentir; lorsque, au contraire, la conscience est assez endurcie pour se taire, pour ne faire ni reproches ni soulèvements, tout est à redouter.
1. Sermons sur divers sujels... (Seriuoii sur la Promptitude de lu repentance) , t. III, p. 397.