‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 174 sur 191 · LA RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

LA RECONNAISSANCE

... On n'aime la dévotion qu'autant qu'elle est d'une nécessité absolue ; on la laisse et on la méprise dès le moment que celte nécessité cesse. Il y a peu de gens qui mettent l'ingratilude au rang des péchés et la reconnaissance au rang de leurs devoirs. Si l'on croit qu'il est juste de la rendre à Dieu, on ne saurait s'y résoudre ; il y a trop longtemps qu'on est dans la dévotion pour la continuer. Ceux, dit-on, qui peuvent s'acquitter de ce devoir font bien, mais ceux qui s'en dispensent ne font pas beaucoup de mal. On parle de cerlains peuples qui, huit jours avant que de communier, ne mangent que du pain très sec et ne boivent que de l'eau, afin do se préparer par le jeûne et par l'abstinence. Mais on n'apprend point qu'après avoir communié ils reprennent l'usage des mortifications, ils les laissent comme inutiles, ils agissent comme le reste des hommes qui s'approchent de Dieu avec beaucoup d'ardeur et d'humilité dans le moment qu'ils le craignent ou que sa grâce leur est nécessaire, et qui l'abandonnent quand le besoin et le péril ont disparu : Les dix lépreux ont été guéris, et les neuj, oà sont-ils ? On lit avant de s'approcher de la Table, on tâche peut-être de remplir par là les vides de son esprit, afin de ne voir point ses péchés. On voudrait bien s'émouvoir afin de profiter de la grâce que Dieu nous offre. Mais croit-on avoir reçu cette grâce, on laisse les Livres, et l'on s'imagine qu'il suffit de les garder avec soin pour la prochaine communion...

1. La Communion minte, 8' édition (Rotterdam, 1712), livre IV, chap. I, pp. 3.53-35G.

La reconnaissance est de toutes les vertus la plus agréable à Dieu, parce qu'elle est désintéressée et qu'elle marque un mouvement de l'âme, sensible au bien qu'elle a reçu. Elle n'est point animée par la disette ou par la crainte, et par conséquent elle a plus d'élévation et de grandeur que toutes les autres vertus. La foi embrasse le mérite de Jésus-Christ, Tespérance attend quelque avantage, la confiance et l'ardeur dans la prière ont pour objet quelque délivrance; la reconnaissance seule ne demande rien et rend à Dieu ses vœux.

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