‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 182 sur 191 · LE CHRIST DONNE AUX HOMMES · texte numérisé non relu

LE CHRIST DONNE AUX HOMMES

Christ a voulu être homme parce qu'il a voulu mourir pour nous racheter et que, s'il n'eût pris de nous une chair mortelle, il était par lui-même immortel et impassible. Christ n'a pas pris son humanité dans le ciel et ne s'est point fait un corps d'une substance céleste pour venir paraître au monde d'une manière qui fît briller en sa chair même quelque chose de plus qu'humain, parce qu'il a voulu être notre frère, semblable à nous en toutes choses, excepté le péché, et que, pour nous racheter selon la loi, il fallait qu'il fût notre proche parent, par conséquent tiré du même sang que le nôtre. Ses infirmités sont à notre consolation, parce que, sachant qu'il a été tenté comme nous, nous savons qa il est puissant pour secourir ceux qui sont tentés. S'il n'eût point eu une nature absolument semblable à la nôtre, nous n'oserions tirer de conclusion de lui à nous, pour espérer l'immortalité et la gloire à laquelle il a été élevé. Christ enfin a voulu naître malgré tout ce que la naissance présente de bassesse...

... Mais plus l'abaissement est profond, plusFamour qui le produit est admirable; plus il est descendu, plus sa charité paraît élevée. Voyez comme le Père nous a aimés, puisqu'il nous donne son Fils, et qu'il nous le donne de telle manière qu'il semble qu'il l'abandonne à tout. Voyez comme ce Fils nous aime, puisqu'il n'a rien refusé pour nous...

1. Recueil cité, t. Il, pp. 224-228, passim (Sermon sur la Naissance et les grandeurs du Fils de Dieu).

... C'est pour nous qu'il est né, il nous a été donné. Ah ! il n'avait pas besoin de naître pour lui-même, comme chaque homme qui ne sort du néant, ou qui du moins ne devient une portion de la société, un être vivant séparé des autres et jouissant d'une subsistance propre, que lorsqu'il sort des flancs de sa mère. Mais Christ n'avait qu'à se reposer éternellement dans le sein de son Père. 11 y vivait dans la gloire et dans la félicité. Ce n'est donc pas pour lui, mais pour nous, pour notre profit et non pour le sien, qu'il est venu naître sur la terre. Voilà le privilège des hommes de pouvoir dire : // nous est né, il nous a été donné. Quand l'ange annonça sa naissance aux bergers, il ne parla pas ainsi; il leur dit : a Je vous annonce une grande joie, c'est qu'aujourd'hui vous est né le Sauveur... »

... Quel présent ! quel excès de bonheur après notre chute ! Un abîme de misère appelle un abîme de miséricorde. Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique.

Page 1