CONTRE LA CRAINTE DE LA MORT
0 homme, tu ne peux te résoudre à former des désirs pour une autre vie ! D'où vient cela ? C'est que tu te tiens au présent, que tu vois, que tu tâtes, et pour l'avenir, cet obscur avenir, tu n'y peux pénétrer, distu, ou tu ne le vois que si confusément que tes doutes, disputant toujours contre ta foi, refroidissent tous tes désirs. Mais quoi ! Christ n'a-t-il pas mis en lumière
l. Même sermon, recueil cité, \. II, pp. 539-542.
la vie et l'Immortalité par l'Evangile? Sa doclrine, ses promesses, ses miracles, son ascension dans le ciel doivent-ils te laisser encore dans l'incrédulité? Si nous avons peu de foi, nous avons encore moins d'amour. Il faut bien que cela soit, puisque nous ne souhaitons pas de voir, de posséder l'objet aimé. L'amour demande l'union ; Tamour fait tout quitter pour ce que l'on aime. Vous dites que votre famille vous retient ici ; ne savez-vous pas que quiconque aime père, ou mère, ou enfants plus que Jésus-Christ, n est pas digne de lui ? En vérité, nous faisons bien voir que nous ne sommes pas encore aussi las du monde et du péché que nous le voudrions être et que nous voulons quelquefois qu'on le croie, puisque nous craignons tant la mort, bien loin de la souhaiter. Nous disons aisément beaucoup de mal du péché, nous nous plaignons des ravages qu'il fait dans le monde et dans notre propre cœur. A nous en croire, nous sommes bien las d'avoir sans cesse à lutter avec lui. Nous grondons même souvent contre le monde, qui ne nous est pas toujours si favorable que nous voudrions ; et dans les conversations, si l'on nous écoute, on trouvera que chacun de nous fera sans peine le prédicateur sur la vanité des créatures. Ah! mes frères, moins de paroles, moins de beaux discours, moins de plaintes contre le siècle et contre le vice, et un peu plus de pratique, un peu plus de désirs pour être avec Christ, un peu moins de crainte de la mort. C'est elle seule qui achèvera d'étoufFer le péché chez vous et de vous délivrer de la vanité à laquelle toutes les créatures ont été assujetties. L'ouvrier craint-il la fin de son travail ? Le voyageur appréhende-t-il de voir finir ses longues courses et son voyage pénible? Le malade a-t-il besoin d'être exhorté, pour apprendre à désirer de sortir de sa lan-
gueur et de recouvrer la santé ? Le matelot n'est-il pas bien aise de trouver le port après la tempête ? Chrétiens, d'où vient donc que, malgré les orages qui battent votre vaisseau, malgré les maladies qui vous travaillent, malgré les longues et fâcheuses peines de votre carrière, vous n'osez envisager qu'en tremblant une mort qui doit être la fin de tous vos travaux ? Après tout, sans la mort nous ne pouvons entrer maintenant dans le ciel ; nous n'avons point aujourd'hui de chariot pour nous y porter. Dieu nous a dit en quelque sorte, mais dans un autre sens qu'autrefois : Nul ne peut voir ma face et vivre. Eh bien ! Seigneur, que nous cessions donc de vivre pour voir ta face ; que nos yeux se ferment pour le monde, afin de voir Jésus-Christ. Ce Jésus qui a bien voulu quitter le ciel pour nous : quoi ! ne quitterions-nous pas de bon cœur la terre pour aller à lui ? Mes frères, cette terre est-elle si aimable ? Réfugiés, y trouvez-vous tant d'agrément ? Est-ce ici-bas que vous avez une cité permanente ? Vous avez quitté votre patrie pour Dieu : ne pourriez-vous pas quitter le monde entier pour jouir de Dieu plus parfaitement ?