‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 19 sur 191 · LA BIBLE FRANÇAISE DÉDIÉE AU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA BIBLE FRANÇAISE DÉDIÉE AU PEUPLE

La bonne coutume a obtenu de toute ancienneté que ceux qui mettent en avant quelque livre en public le viennent à dédier et présenter à quelque Prince, Roi, Empereur ou Monarque, ou s'il y a majesté plus souveraine... Aucuns o-nt bien telle prudence et égards que leurs inventions ne seraient pas bien reçues du peuple, si elles ne portaient la livrée de quelque très illustre, très excellent, très haut, très puissant, très magnifique, très redouté, très victorieux, très sacré, béatissime et sanctissime nom. Pourquoi avoir eu le tout bien considéré et vu courir et trotter tous les autres écrivains et translateurs, l'un deçà, l'autre delà, l'un à son Mecénas libéralissime, l'autre à son Patron colendissime, l'autre à son je ne sais quel Révérendissime : je ayant en main cette présente translation de la Bible, n'ai pas fait pour icelle dame coutume... que je mesoisvoulu asservir etassujettir au droit qu'elle exige et requiert. . . Aussi ne lui appartient-il point (à ce livre) faire du parasite, quelque glorieux Thraso qu'il rencontre. Car il est bien d'autre étoffe que tous autres livres quels qu'ils soient, les auteurs desquels en font offrandes si profitables et méritoires et si cauteleux échanges contre riches dons et plantureux octrois. Après lesquelles bêtes je ne chasse point, car je me passe bien de tel gibier, grâce à Dieu qui me fournit

1. Extrait de la préface à la traduction de la Bible : P. Robert Olivetanus, Vhumble et petit translateur^ à l'Église de Jésus- ChrisL

— sodé contentement et suffisance... Tel livre, de soimême, n'a que faire de faveur, support, ni aveu humain, quel qu'il soit, ni de puissance, principauté ou paternité quelconque, tant souveraine soit-elle, hors de toi, ô pauvre petite Église!... C'est à toi seule que j'adresse ce précieux trésor.

Car Jésus, voulant faire fête à celle-ci de ce que tant elle désire et souhaite, m'a donné cette charge et commission de tirer et déployer icelui trésor hors des armoires et coffres hébraïques et grecs, pour après l'avoir entassé et empaqueté en bougettes *■ françaises le plus convenablement que je pourrai, en faire un présent à toi, ô pauvre Église, à qui rien l'on ne présente. Vraiment cette parole t'était proprement due, en tant qu'elle contient tout ton patrimoine, à savoir cette parole par laquelle, par la foi et assurance que tu as en icelle, en pauvreté tu te réputes très riche ; en malheurelé, bienheureuse ; en solitude, bien accompagnée ; en doute, acertainée ; en périls, assurée ; en tourments, allégée; en reproches, honorée ; en adversités, prospère; en maladie, saine; en mort, vivifiée. Tu accepteras donc, ô pauvrette petite Église, cestui présent, d'aussi joyeuse affection que de bon cœur il t'est envoyé et dédié... Christ ne s'est-il pas donné à telle manière de gens abjects, petits et humbles ; ne leur a-t-il pas familièrement déclaré les grands secrets du royaume qu'il proteste leur appartenir ? C'est sa petite bande invincible, sa petite armée victorieuse, à laquelle, comme un vrai chef de guerre, il donne courage et hardiesse par sa présence, et chasse toute frayeur et crainte par sa vive et vigoureuse Parole...

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