‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 20 sur 191 · Petit sac en cuir qu'on portait en voyage · texte numérisé non relu

Petit sac en cuir qu'on portait en voyage

Ce bien est le tien et toutefois il demeure entièrement à celui qui te le donne. 0 la bénigne possession de grâce, qui rend au donnant et à Tacceptant une même joie et délectation I Quelque beau semblant que les hommes fassent et quelque propos qu'ils aient en la bouche, pour vouloir colorer et faire entendre de combien bon cœur ils donnent, toujours y a-t-il en quelque anglet de ce cœur une prudence peureuse qui crie : « Prends garde à ce que tu fais, que tu n'aies faute de ce dont tu es prodigue ! » Or il n'en va pas ainsi de ce don, carii n'est fait que pour être donné et communiqué à un chacun; et ceux qui le donnent se tiennent pour avoir fait un grand gain et bonne emplette quand ils ont trouvé occasion de te le présenter et le mettre en ta possession.

Quant au pauvre peuple qui te fait le présent, il fut il y a plus de trois cents ans banni de ta compagnie. Épars aux quatre parties de la Gaule, il est (à tort toutefois et pour le nom de Christ) réputé le plus méchant que jamais fût, tellement que les autres nations emploient son nom pour injure et reproche. C'est le vrai peuple de patience... Ton frère donc, auquel ta vie tant misérable faisait pitié, s'est souventes fois ingéré, en passant et repassant, de t'appeler par le nom de sœur, s'efforçant de te donner le nom du guet de parfaite et heureuse liberté. Mais toi, tout hébétée de tant de coups, tu passais outre et allais ton chemin...

Or avant donc, pauvre petite Église, que es encore en état de chambrière sous les furieuses trongnes et magistrales menaces de tant de maîtres renfrognés et rébarbatifs, va décrotter tes haillons tout poudreux et terreux d'avoir couru, viré et tracassé, par le marché fangeux de vaines traditions ; va laver

tes mains toutes sales d'avoir fait l'œuvre servile d'iniquité ; va nettoyer tes yeux tout chassieux de superstition et d'hypocrisie. Veux-tu toujours être ainsi à Maître ? N'est-il pas temps que tu entendes à ton époux Christ?... Ne prendras-tu pas égard aux précieux joyaux que lui-même (si tu sais comprendre) t'envoie en loyauté de mariage?... Lui veux-tu point donner ton amour et ta foi ? Qu'attends-tu ? Ne veuxtu pas te fier en lui ? N'y a-t-il pas assez de hien en la maison de ton Père pour t'entretenir ?...

Maintenant donc, ô noble et digne Église, heureuse Epouse du Fils du roi, accepte et reçois cette Parole, promesse et Testament,... où tu pourras voir la volonté de Christ, le tien Époux, et de Dieu son Père... lequel, ô pauvre petite Église, te maintienne en sa grâce ; (Des Alpes, ce 12® de février 1535.)

Ne craignez point, petit Je t'eusse écrit plus am-

troupeau, car il a plu à plement ; mais tu vois ici

votre père vous donner le " * le détroit où je suis de pa-

royaume. pier et d'autres choses.

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