AU ROI DE FRANCE
... Tu ne te dois émouvoir de ces faux rapports par lesquels nos adversaires s'efforcent de te jeter en quelque crainte et terreur : c'est assavoir que ce nouvel Évangile (ainsi Tappellent-ils) ne cherche autre chose qu'occasion de séditions et toute impunité de mal faire. Car Dieu n'est point Dieu de division, mais de paix : et le Fils de Dieu n'est point ministre de péché, qui est venu pour rompre et détruire les oeuvres du diable. Et quant à nous, nous sommes injustement accusés de cupidités, desquelles nous ne donnâmes jamais la moindre suspicion du monde. Il est bien vraisemblable que nous machinons de renverser les royaumes, desquels jamais n'a été ouïe une seule parole séditieuse, et desquels la vie a toujours été connue simple et paisible, quand nous vivions sous toi ! Et maintenant, chassés de nos maisons, nous ne laissons point de prier Dieu pour ta prospérité et celle de ton règne. Il est bien à croire que nous pourchassons un congé de tout mal faire, sans être repris : desquels combien que les mœurs soient répréhensibles en beaucoup de choses, toutefois il n'y a rien digne de si grand reproche. Et davantage, grâces à Dieu, nous n'avons point si mal profité en l'Évangile, que notre vie ne puisse être à iceux détracteurs exemple de chasteté, libéralité, miséricorde, tempérance, patience, modestie, et toutes autres vertus. Certes la vérité témoigne évidemment pour nous, que
1. Bâle, 23 août 1535. — Epître-préface de l'Institution chrétienne, édition de 1541 (réimprimée en 1911), p. xxxix-xli.
nous craignons et honorons Dieu purement, quand par notre vie et par notre mort nous désirons son Nom être sanctifié. Et la bouche même des envieux a été contrainte de donner témoignage d'innocence et justice civile à aucuns de nous, auxquels ce seulement était puni par mort, qui méritait d'être réputé à louange singulière.