‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 29 sur 191 · SUR LA PRIERE · texte numérisé non relu

SUR LA PRIERE

Le reste de l'Écriture contient les enseignements que Dieu a enjoint à ses serviteurs de nous annoncer: mais ici les Prophètes, d'autant que parlant à Dieu ils découvrent toutes les affections intérieures, appellent ou plutôt tirent un chacun de nous à exapiiner soi-même, afin que rien de tant d'infirmités auxquelles nous sommes sujets, et de tant de vices desquels nous sommes pleins, ne demeure caché. C'est certes un excellent et singulier profit, quand, toutes cachettes découvertes, le cœur est produit en lumière bien purgé de cette méchante infection d'hypocrisie. Bref, si l'invocation de Dieu est un des principaux appuis de notre salut, comme ainsi soit qu'on ne peut prendre meilleure ni plus certaine règle d'i celle ail-

1. Préface du Commentaire sur les Psaumes. Opéra, t. XXXI, pp. 16-18.

leurs qu'en ce livre, selon qu'un homme aura bien profité en la connaissance d'icelui, il a aussi compris la plus grancFpart de la doctrine céleste. La vraie prière et vive procède premièrement d'un sentiment de notre nécessité, puis après d'une assurance certaine de la promesse. Or est-il ainsi qu'en ce livre les hommes seront fort bien réveillés à sentir leurs maux, et quant et quant avertis de chercher les remèdes. En somme, tout ce qui peut servir à nous encourager quand il est question de prier Dieu, nous est enseigné en ce livre. Et non seulement on y voit les promesses, mais souventes fois, entre le conviement de Dieu et les empêchements de la chair, nous est proposée la personne qui se prépare et efforce à prier, afin que si quelquefois nous nous trouvons agités de divers doutes, nous apprenions de résister et combattre jusques à ce que l'esprit étant libre et développé de tous ces empêchements, s'élève à Dieu. Et non seulement cela, mais aussi qu'au milieu des ébranlements,, craintes et tremblements, nous nous efforcions toutes fois à prier, jusqu'à ce que nous sentions quelque allégement qui nous apaise et contente. Car jà soit que défiance ferme la porte à nos prières, sachons toutefois qu'il n'est pas question de nous laisser, surmonter et abattre toutes fois et quantes que nos cœurs sont vacillants ou agités d'inquiétude ; mais faut nous évertuer jusqu'à ce que la foi vienne finalement à sortir hors de ces combats victorieuse. Et de fait, en plusieurs endroits on peut apercevoir les serviteurs de Dieu tellement flottants en faisant leurs prières, que de deux coups l'un étant quasi accablés ils emportent toutefois le prix en s'efforçant à bon escient. Là d'un côté se montre l'infirmité de la chair, de l'autre aussi se déploie la vertu de la foi, sinon tant vaillante et courageuse qu'il se-

rait à désirer, pour le moins prête à combattre jusques à ce que petit à petit elle vienne à avoir une force accomplie.

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