‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 3 sur 191 · XI · texte numérisé non relu

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les idées nouvelles^ en dehors des pays germaniques, devaient entraîner dans la vie politique et sociale. Si le Français aime la logique jusqu'à la passion, la logique ne lâche point celui qui Vaime ainsi. Elle ne lui permet guère de s'enfermer dans V abstrait et elle le pousse à modeler le réel selon ses exigences. Les premiers Réformateurs ne se doutaient guère qu'ils allaient être les propagateurs des principes démocratiques. Us faisaient leur révolution pour autre chose. Mais une révolution conduit à une seconde, et parfois très vite. Il n'appartient à personne de décréter qu'un mouvement, une fois lancé, devra s'arrêter à un point donné. Des principes de la Ré formation, Calvin a tiré d'importantes conséquences, et qui sont tirées pour toujours. Castellion en a déduit d'autres^ et heureusement. François Hotman et Hubert Languet en ont aperçu qui contenaient en germe une révolution politique.

Calvin, qu'on a pu définir un « aristocrate pieux », n'a point précité la révolte contre les souverains. Mais il a posé ce principe : « S'ils {les souverains) viennent à commander quelque cliose contre Lui {Dieu), il ne doit être de nulle estime et ne faut avoir en soi aucun égard à toute la dignité des supérieurs. » Une telle pensée était de celles qui devaient servir à traduire

U individualisme religieux de la Réforme en liberté politique. (( Qui décidera^ écrit M. Williston Walker, si Vordre d'un souverain est contraire à la volonté de Dieu^ si ce n'est chaque homme pensant et appréciant cet ordre suivant le témoignage de son propre jugement qu'il tient de Dieu? Calvin n'a formulé aucune conclusion de ce genre ; mais son principe devait inévitablement amener les hommes à mettre en doute la légitimité des ordonnances d'institution humaine et à exiger pour des lois mauvaises d'autres titres que le fait d' avoir été promulguées par Vau torité établie ^. »

La Réforme d'origine française n'a pas tardé à tirer les conclusions de ces prémisses , Elle n'a pu le faire en France même pour des raisons historiques que personne n'ignore. Mais elle les a distinguées et proclamées chez la plupart des peuples où elle avait pénétré. Si l'idée religieuse des Droits de l'Homme a dû s'enfuir de France pour un temps., elle a trouvé son premier refuge chez les calvinistes d'Ecosse et d'Angleterre. Dès la fin du seizième siècle, elle est formulée par Brown et ses adeptes. Pour eux, l'Eglise s'identifie avec la communauté et constitue une asso-

1. Jean Calvin, Vhomme et Vœuvre, p. 438 de la traduction française (Genève, Julien, 1909). M. Williston Walker est professeur à l'Université de Yale.

dation de croyants qui^sur un pacte avec Dieu, se soumet à Jésus-Christ, et la vraie règle directrice est la volonté de V association^ c'est-à-dire celle de la majorité. C'est bien là le principe du « congrégationalisme » ; il exige d'abord la séparation de V Église et de V Etat, puis confère à chaque communauté le droit d'administrer ellemême ses affaires spirituelles avec le libre consentement de ses membres, sous V autorité directe de Jésus-Christ. Les puritains, devenus les « indépendants » , ont vite tiré les conséquences sociales de leur doctrine religieuse et ils ont estimé que l'association politique, comme toute association, était le produit d'un contrat entre les hommes également libres et souverains. Un contrat social est le seul fondement juridique de l'Etat ; il est conclu en vertu d'un droit naturel, pour assurer la sécurité de l'individu, la prospérité publique et la liberté de la conscienc C^est cette inspiration religieuse qui a dicté, en iôhl , le projet de Constitution soumis au Conseil de l'armée de Cromwell, puis présenté au Parlement. C'est cette inspiration religieuse que les Puritains proscrits, les « Pères pèlerins », ont emportée de l'autre côté de V Océan. Elle s'incarne d'abord dans les Pactes d'établissement qui sont conclus lors de la fondxition de chaque colonie. Elle aboutit ensuite aux Déclarations

des droits que chacun des États, après la proclamation de r indépendance, met en tête de sa constitution. En 1118, un recueil de ces déclarations fut publié en Suisse: it était dédié à la mémoire de Calvin. Franklin, à Paris, en édita un nouveau [1183). La Fayette affichait alors, au-dessus de sa table de travail, le texte de ces documents et avait soin de laisser une place vide pour la future Déclaration française. Aux yeux des hommes d^alors, c'est une a invention » américaine que Von salue ; et le rapporteur du Comité de Constitution, l'archevêque de Bordeaux, déclare, le 21 juillet 1189, à la tribune de U Assemblée Nationale : « Cette noble idée, conçue dans un autre hémisphère, devait de préférence se transplanter chez nous. » Il ignorait que la <c noble idée » revenait à sa vraie patrie dy' origine.

Les aventures de ces principes doctrinaux, leur départ à l'étranger et leur retour en France sont mal connus chez nous. Cette histoire se lieurte à des préjugés. Mais les préjugés les plus entêtés ne sauraient avoir raison de ce qui est un fait. Ce fait n^a pas été oublié dans les pays anglo-saxons. Il est constamment rappelé aux Etats-Unis, et il Vest avec une reconnaissance pieuse. Songeant à tout cela, les fils français de la Réforme, comme tous les esprits libéraux de

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