‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 40 sur 191 · JUSTICE ET GUERRE · texte numérisé non relu

JUSTICE ET GUERRE

S'ils (les peuples et nations) se veulent abstenir de toute sévérité et conserver leurs mains nettes de sang, cependant que les glaives des méchants sont dégainés à faire meurtres et violences, ils se rendront coupables de grande injustice ; tant s'en faut que, en ce faisant, ils soient loués de justice ou de bonté. Toutefois j'entends avec cela que trop grande et trop âpre rudesse n'y soit mêlée, et que le siège d'un juge ne soit pas un gibet déjà dressé. Car je ne suis pas celui qui veuille favoriser à quelque cruauté désordonnée, ou qui veuille dire qu'une bonne et juste sentence se puisse prononcer sans clémence... Et pourtant il n'a pas été mal dit anciennement de quelqu'un que c'était la principale vertu des princes. Mais il faut qu'un magistrat se donne garde de tous les deux : c'est à savoir que par sévérité désordonnée il ne navre plus qu'il ne médecine ; ou que par folle et superstitieuse affectation de clémence, il ne soit cruel en son humanité, en abandonnant toutes choses par sa facilité, avec le grand détriment de plusieurs...

Page 1