Instiiution chrétienne, éd. 1541, pp
Or pourtant qu'il est quelquefois nécessaire aux rois et aux peuples d'entreprendre guerre pour exercer icelle vengeance : nous pouvons de celte raison pareillement estimer que les guerres, tendantes à cette fin, sont légitimes. Car si la puissance leur est baillée pour conserver la tranquillité de leur pays et territoire, pour réprimer les séditions des hommes noiseux et ennemis de paix, pour secourir ceux qui souffrent violence, pour châtier les maléfices : la pourraient-ils employer à meilleure occasion qu'à rompre et abattre les etîorts de ceux par lesquels tant le repos d'un chacun particulièrement que la commune tranquillité de tous est troublée ? et lesquels séditieusement font émeutes, violences, oppressions et autres maléfices 1' S'ils doivent être gardes et défenseurs des lois, il appartient qu'ils rompent les efforts de tous ceux par l'injustice desquels la discipline des lois est corrompue. Et même s'ils punissent à bon droit les brigands, lesquels n'auront fait tort qu'à peu de personnes, doivent-ils laisser toute la région être vexée par briganderies, sans y mettre la main ? Car il ne peut chaloir si celui qui se jette sur le territoire d'autrui, auquel il n'y a nul droit, pour y faire pillages et meurtres, soit roi ou homme de bas état. Toutes telles manières de gens doivent être réputés comme brigands et punis pour tels. Mais les magistrats ont ici à se donner garde de n'obéir tant soit peu à leurs cupidités.^ Plutôt au contraire, soit qu'ils aient à faire quelque punition, ils se doivent abstenir d'ire, de haine, de sévérité trop rigoureuse. Et même (comme dit saint Augustin), pour l'humanité commune ils doivent avoir compassion de celui lequel ils punissent pour ses propres maléfices. Soit qu'il faille prendre les armes contre quelques ennemis, c'est-à-dire contre des brigands
armés, ils ne doivent point chercher occasion légère, et même quand l'occasion s'offrirait, ils la doivent fuir s'ils ne sont contraints par grande nécessité. Car s'il nous faut encore beaucoup mieux fiiirc que les païens n'enseignent, desquels quelqu'un dit que la guerre ne doit tendre à autre fin que chercher paix, il faut certes tenter tous moyens devant que venir aux armes. Bref, en toute effusion de sang, les magistrats ne se doivent permettre d'être transportés d'affection particulière, mais doivent être menés d'un courage public. Autrement ils abusent méchamment de leur puissance, laquelle ne leur est pas donnée pour leur profit particulier, mais pour en servir aii\ autres.