Lettres françaises, éd. Jules Bonnet, t. II, p
persisté avec lui en merveilleuse constance, et q^a'une femme a été la messagère pour annoncer aux apôtres sa résurrection, laquelle ils ne pouvaient croire ni comprendre. S'il les a lors tant honorées et douées de telle vertu, estimez-vous qu'il ait moins de pouvoir maintenant, et qu'il ait changé de volonté ? Combien y a-t-il eu de milliers de femmes qui n'ont épargné leur sang ni leur vie, pour maintenir le nom de Jésus- Christ et annoncer son règne ? Dieu n'a-t-il point fait profiter leur martyre P Leur foi n'a-l-elle point obtenu gloire du monde, aussi bien que celle des martyrs? Et sans aller plus loin, ne voyons-nous point encore devant nos yeux comment Dieu besogne journellement par leur témoignage et confond ses ennemis, tellement qu'il n'y a prédication de telle efficace que la fermeté et persévérance qu'elles ont à confesser le nom de Christ ? Ne voyez-vous pas comme cette sentence de notre Seigneur a été vivement enracinée en leur cœur, par laquelle il dit: Celui qai me renonce devant les hommes, je le renoncerai devant Dieu mon Père; et celui qui me confessera, je le confesserai aussi et avouerai devant Dieu mon Père. Elles n'ont pas eu crainte de laisser cette vie caduque pour en obtenir une meilleure, pleine de béatitude qui dure a jamais. Proposez-vous donc ces exemples si excellents, tant anciens que nouveaux, pour assurer à votre faiblesse, et vous reposer en celui qui a fait si grands ouvrages par des vaisseaux fragiles, et connaisse-z l'honneur qu'il vous a fait, afin de vous laisser conduire à lui, étant bien assurées qu'il est puissant pour vous conserver la vie, s'il s'en veut encore servir» ou bien s*il en veut faire échange pour vous en donner une meilleure, vous êtes bien heureuses d'employer cette vie caduque pour sa gloire de si haut prix, et pour vivre
éternellement avec lui. Car à cela sommes-nous mis au monde, et illuminés parla grâce de Dieu, à ce que nous le glorifiions et en notre vie et en notre mort, et que nous soyons une fois pleinement conjoints à lui. Le Seigneur vous fasse la grâce de méditer attentivement ces choses et les bien imprimer en vos cœurs, afin de vous conformer du tout à sa bonne volonté. Ainsi soit-il.
De Genève (septembre 1557).