‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 54 sur 191 · Œuvres, éd. de 1575. — Au lecteur · texte numérisé non relu

Œuvres, éd. de 1575. — Au lecteur

tes et règles universelles. C'est lâcheté trop reprochable de s'arrêter à rinveiition des premiers en les imitant seulement, à la façon des paresseux, sans rien ajouter et accroître à l'héritage qu'ils nous ont laissé, non pour le laisser devenir en friche, mais pour le cultiver et embellir, leur demeurant, comme à pères et auteurs, l'honneur de la première invention : mais à nous quelque petite portion de gloire, pour l'enrichissement et illustration, restant à la vérité plus de choses à chercher qu'il n'y en a de trouvées. Parquoi ne soyons si simples de nous reposer et endormir sur le labeur des ancie<ns, comme s'ils avaient tout su ou tout dit, sans rien laisser à excogiter et dire à ceux qui viendront après eux... Nous sommes comme l'enfant qui est sur le col du Géant : c'est-à-dire que par leurs écrits nous voyons ce qu'ils ont vu, et pouvons encore voir et entendre davantage. Autrement il faudrait que Nature eût fait seulement le devoir de vraie mère envers ses premiers enfants, et envers nous comme puis-nés se fût montrée marâtre, nous laissant dénués de tout esprit, et stériles en invention, ce qu'on ne lui peut impropérer sans lui faire grand tort, et sans se rendre coupables de crime de parricide, accusant injustement une si juste mère. Il est bien plus raisonnable que chacun de nous s'efforce à employer les grâces et dons d'esprit reçus d'elle au profit du public.

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