‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 63 sur 191 · SAKA · texte numérisé non relu

SAKA

Mais Dieu veut-il qu'on le hasarde P

ABRAHAM

Hasardé n'est point que Dieu garde.

SARA

Je me doute de quelque cas.

ABRAHAM

Quant à moi, je n'en doute pas.

SARA

C'est quelque entreprise secrète.

ABRAHAM

Mais telle qu'elle est, Dieu Ta faite.

SARA

Au moins, si vous saviez où c'est?

ABRAHAM

Bientôt le saurai, si Dieu plaît.

SARA

Il n'ira jamais jusque-là.

ABRAHAM

Dieu pourvoira à tout cela.

SARA

Mais les chemins sont dangereux.

ABRAHAM

Qui meurt suivant Dieu est heureux.

SARA

... Mieux vaut sacrifier ici.

ABRAHAM

Mais Dieu ne le veut pas ainsi.

SARA

Or sus, puisque faire le faut, Je prie au grand Dieu d'en haut, Monseigneur, que sa sainte grâce Toujours compagnie vous fasse :

Adieu, mon fils.

ISAAC

Adieu, ma mère.

SARA

Suivez bien toujours votre père, Mon ami, et servez bien Dieu, Afin que bientôt en ce lieu Puissiez en santé revenir.

Voilà, je ne me puis tenir, Isaac, que je ne vous baise.

ISAAC

Ma mère, qu'il ne vous déplaise.

Je vous veux faire une requête.

SARA

Dites, mon ami, je suis prête A l'accorder.

ISAAG

Je vous supplie D'ôter cette mélancolie.

Mais, s'il vous plaît, ne pleurez point, Je reviendrai en ^meilleur point, Je vous prie de ne vous fâcher.

ABRAHAM

(Aux bergers)

Enfants, il vous faudra marcher Pour le moins six bonnes journées.

Voilà vos charges ordonnées.

(A Isaac)

... Ce grand Dieu qui par sa bonté

Jusques ici nous a été

Tant propice et tant secourable,

Soit à vous et moi favorable !

Quoi qu'il y ait, montrez-vous sage ;

J'espère que notre voyage

Heureusement se parfera. >

SARA

Las ! je ne sais quaiid ce sera Que revoir je vous pourrai tous. Le Seigneur soit avecques vous !

ISAAC

Adieu, ma mère.

ABRAHAM

Adieu.

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