SOLIDARITÉ CHRÉTIENNE
Comment peut être appelé Pasteur celui à qui il ne chaut pas de ses brebis, et qui même le protestera tout haut de parole et de fait ? Cela se pourra-t-il appeler la pratique de ce qu'Ezéchiel avait enseigné? Et plût à Dieu que le même, ou pis encore, ne fût advenu en l'Église chrétienne, ne pouvant encore cesser une telle et si misérable désolation. Mes frères qui écoutez ces choses, et qui avez charge comme moi de parler à cette Église, gardons-nous bien, et prions ardemment, que celui auquel nous avons à rendre compte des âmes nous garde de cette pensée ou parole : que nous en chaut-il? Car il n'y a chose dont il nous doive tant chaloir que de la moindre faute de la moindre brebis. Sachons davantage, puisque tous chrétiens doivent être instruments de salut les uns aux autres, qu'en cet égard, par manière de dire, nous sommes tous pasteurs pour veiller les uns sur les autres, comme pour nous arracher hors du feu de l'ire de Dieu. Voyant donc quelqu'un affligé, comme nous en avons tant de spectacles aujourd'hui, gardons de dire ou de penser : Que m'en chaut-il ? tu y aviseras; ou bien: Allez en paix, chaulfez-vous et vous rassasiez;
1. Sermon sur V Histoire de la passion..., 17* sermon, pp. 395-397.
mais consolons et soulageons de fait et de paroles Taflligé. Si nous voyons aussi quelqu'un mal parler, ou mal faire, ne disons pas : Que m'en chaut-il? et tu y aviseras, ou ceux auxquels il attouche. Mais au contraire montrons par bonnes et saintes admonitions et répréhensions que le salut d'autrui nous attouche, voire de très près, puisque nous sommes membres d'un même corps ; et que le plus étrange [étranger] du monde, auquel nous pouvons donner secours, est un de ces prochains que nous devons aimer comme nous-mêmes.