‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 75 sur 191 · Op. ci(., pp · texte numérisé non relu

Op. ci(., pp

issir de personne de si petite qualité et de si peu de suffisance comme moi, chose qui mérite qu'on en fasse grand cas: mais au moins espéré-je que toutes gens de bon jugement, aimant le repos et soulagement de leur pays et du mien, me sauront bon gré du labeur que je prends à chercher quelques remèdes à rencontre des calamités publiques : ainsi comme on ne peut honnêtement refuser le secours et le devoir de celui qui porte quelque seau d'eau pour éteindre un feu embrasé, encore qu'il soit de basse et vile condition.

Il y a donc quelques mois, qu'ayant l'entendement tout fiché sur la considération de ces extrêmes calamités et misères communes, je me pris à feuilleter k)us les historiens français et allemands qui ont écrit de l'état de notre France : et tirai de leurs écrits ce petit recueil abrégé, contenant sommairement l'état et la police, laquelle ils témoignent avoir eu pied ferme en notre chose publique, l'espace de plus de mille ans : en quoi autant et plus qu'en autre chose, se montre notoirement que nos ancêtres furent gens merveilleusement sages et avisés à dresser le gouvernement politique d'icelle : de sorte que je tiens pour chose tout assurée que c'est là le seul et vrai remède à tous nos maux, que de réformer notre manière de vivre au moule des vertus de ces grands personnageslà, et de réduire notre état corrompu comme une musique désaccordée, à ce bel ancien accord qui fut du temps de nos pères. Si me semble bien, quand je considère et recherche de près la cause de ces calamités et confusions qui régnent, que tout ainsi comme nos corps viennent à se dissoudre et à se défaire, ou quand ils sont atteints extérieurement par quelque violence excessive de coups ou de blessures mortelles, ou bien

quand les humeurs dont ils sont composés, abattus et cassés de vieillesse : ainsi que l'état des choses publiques se ruine par divers accidents, et que les unes sont détruites par calamités de guerre, les autres sont dissipées par troubles intestins et dissensions civiles, les autres sont minées par le temps, et ayant achevé le terme préfîx de leur durée, comme une personne qui est avant sur l'âge, prennent fin. Or quant aux maux que notre chose publique a soufferts, combien que communément l'on en attribue la cause aux partialités et divisions domestiques, toutefois quant à moi je crois qu'ils en sont plutôt le commencement et principal effet que la semence et la cause : qui sont deux choses bien différentes l'une de l'autre, ainsi comme Polybius, auteur grave et de bon jugement, Fa pertinemment montré. Ainsi donc je tiens ceci pour une chose toute résolue, que la vraie cause et première source d'où tant de maux sont issus n'est autre chose que la profonde plaie que lui fit, il y a cent ans ou environ, celui qui entreprit le premier de renverser les bonnes lois et statuts de nos aacêtres. Parquoi m'est bien avis que tout ainsi comme si nous avons heurté rudement contre quelque pierre, et qtie nous nous soyons off'ensés au bras ou à la jambe ou en quelque autre partie du corps, nous ne pouvons être guéris que premièrement les jointes des membres dénoués et* déboîtés ne soient remises en leur naturel: ainsi aussi pourrons-nous lors espérer que le gouvernement de notre chose publique se portera bien, quand il sera remis en son ancien et comme naturel état, par quelque singulière grâce et faveur de Dieu.

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