LE RETOUR A LA TRADITION NATIONALE
Vrai est, qu'un temps a été, que toute manière de gens accourait de toutes parts de l'Europe voir notre France, et les jeunes gens studieux venaient jusques en nos universités au trafic honorable et acquis laborieux des nobles sciences : mais aujourd'hui ils l'ont en horreur, ni plus ni moins qu'une mer tenue en sujétion par des corsaires ou qu'une terre habitée par des sauvages. De quoi, toutefois et quantes qu'il m'en souvient, la mémoire me navre le cœur au vif, quand je vois qu'il y a déjà presque douze ans que notre pauvre et infortuné pays est continuellement miné et travaillé de guerres civiles. Et si ne me fait pas encore tant de mal de cela, comme de ce que j'en vois : non seulement qui regardent à leur aise et de loin le feu dont notre France est embrasée sans se bouger (comme on dit que faisait Néron lorsque Rome brûlait), mais même d'autres qui prennent des soufflets pour l'allumer encore davantage, et sèment de petits livres odieux, pour susciter la haine des rois et du monde à rencontre de nous, et cependant il y en a bien peu ou presque point qui accourent à ce feu pour l'éteindre. De ma part, je sais bien qu'il ne peut