Op. cit., pp
nous n'eussions point été, car notre corps sera cendre éteinte, et Fesprit sera épars comme le mol air, et notre nom sera oublié avec le temps. Venez donc, et prenons jouissance des biens qui y sont, et usons de la créature légèrement, comme en jeunesse. Emplissonsnous de vin précieux, et de parfums, et que la fleur du temps ne nous passe point. Couronnons-nous de roses avant qu'elles soient flétries, qu'il n'y ait aucune prairie où notre intempérance ne passe, et délaissons partout les signes de liesse : car c'est notre part, et c'est notre fort. Certainement, entre toutes nos corruptions, rien n'apparaît de plus prodigieux que ceux qui parlent et vivent en cette manière ; car celui qui a son âme contaminée de quelque hérésie ou superstition, voire ceux qui suivent les lois païennes, encore cherchent-ils un salut, et fléchissent les genoux devant quelque Déité qu'ils se sont forgée : au contraire ceuxci la fuient et la méprisent, tant leurs sens sont devenus brutaux. Ils ont besoin qu'on ait pitié d'eux : pource qu'entre ceux qui se perdent, ils sont les plus perdus.