‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 78 sur 191 · Discours politiques et mililaires, pp · texte numérisé non relu

Discours politiques et mililaires, pp

ments sont ébranlés. Mais ils doivent plutôt gémir que disputer, et répliquer contre tant d'apparences de ruines, visibles et sensibles. Car la plupart des racines de ce grand arbre se voient découvertes et demi-sèches, beaucoup de branches sont mortes, les feuilles en petite quantité, et les fruits devenus quasi sauvages. A laquelle indisposition tant la vieillesse que les mauvais accidents l'ont amené. Parquoi le meilleur serait qu'ils avouassent ce qui est, et travaillassent à ce qui se doit l'aire pour conserver en vigueur ce qui reste de bon. Je sais bien que c'est un malplaisaut discours à celui qui aime et honore son pays et sa nation, d'en vouloir préannoncer les chutes, ce qui ne se peut faire, sans aussi en découvrir les turpitudes. Mais, puisque tels périls étonnent déjà tant de cœurs, et que les causes qui nous y jettent s'aperçoivent des yeux de tous, ne serait-ce pas faiblesse d'esprit de se taire en ce grand besoin? 11 est certain qu'il y a grand nombre d'hommes, lesquels, par faute de bonne connaissance, demeurent demi-éperdus au milieu de tant de misères. Et tout ainsi que les eaux vont coulant insensibles contre bas d'une rivière jusques à ce qu'elles soient parvenues dans l'Océan, où elles s'ensevelissent : aussi eux roulants peu à peu dans les confusions présentes qui les emportent, étant destitués de droites appréhensions, vont, fuyant les uns les autres, se précipiter en des abîmes de ruines. C'est une oeuvre profitable de montrer le feu être en la maison à ceux qui ne l'aperçoivent, et aux autres, qui le voient et le craignent, de les piquer pour l'aller éteindre, et à quelques-uns qui l'entretiennent par aventure sans beaucoup y penser, de les admonester qu'ils ne font pas bien : bref, préparer tous, afin d'aider au maître pour la salvation d'icelle, et pour la conservation de sa famille.

RÉCONCILIATION i

-^ Ce ne serait pas chose maintenant hors de propos de dire quelques mots des Religions : mais mon intention n'est pas de le faire, ains seulement avertir les Français de considérer que, pour les diversités d'icelles, ils ne doivent pas s estimer comme Turcs les uns les autres. Car puisque chacun confesse qu'il adore un même Dieu, avoue pour Sauveur un même Jésus- Christ, et que les écritures et fondements sont semblables, il doit y avoir telle fraternité et charité entre eux que, cessant toutes haines, cruautés et guerres, on vienne à quelque réconciliation. Ne se doit-on pas contenter de plus de deux cent mille hommes de guerre qui sont péris par la fureur de ces divisions ? Y eut-il oncques de plus eflroyables sacrifices que ceuxlà ? Je pense que ceux qui ont quelque impression de religion en l'âme doivent être induits à s'adoucir, et ceux qui y ont la vengeance logée doivent être assouvis de tant de sang qui a été répandu.

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