‹ Anthologie protestante française, 16e et 17e sieclesChapitre 81 sur 191 · Op. cit., pp · texte numérisé non relu

Op. cit., pp

tout haut qu'il n'est pas seulement tondu, mais qu'il est écorchc par mille surcharges et nouveautés auparavant inconnues, de manière que les deniers qu'on lui arrache sont trempés dans ses larmes et accompagnés de douloureuses plaintes. Néanmoins, quelque connaissance qu'aient les hommes que Dieu est secourable enfin aux oppressés, et qu'il châtie ceux qui les oppriment, pour tout cela ils ne désistent, ains continuant leur même train vont chacun jour augmentant la misère d'autrui, jusques à ce qu'elle vient à tel degré, qu'eux-mêmes en ont horreur. Ainsi sommes-nous venus d'année en année en un si calamiteux état que, s'il n'y est soudainement remédié, la France s'en ira demi-déserte. Si nous regardons puis après les gens de justice, qui sont ordonnés pour la rendre à chacun, on en verra plusieurs s'aider de cette sainte vertu, pour attirer la richesse de ceux qui, par folie ou nécessité, se vont envelopper dans des rets très subtils de plaiderie, et ne saurait-on exprimer la rapine qui se fait sous telle couverture. Il est grand bruit aussi qu'il y a des gouverneurs de villes et de châteaux, et par aventure de quelques provinces, qui, pour entretenir leurs pompes et remplir leurs coffres, usent de droits nouveaux au détriment du roi et du peuple : comme si le but des charges était de se faire paraître en extérieur, ou se gorger de richesse, et non pour faire reluire en telles administrations les vertus qui sont en eux, au soulagement de plusieurs et à l'honneur du maître. Mais, s'il y a aucun comportement qui se puisse appeler fureur, c'est celui de quelques gens de guerre qui sont si débordés que, toute humanité étant périe en eux, ils ne font pas moins de ravage dans leur propre pays que si c'était en celui des| ennemis, où toutes choses sont en proie ; de sorte que

les guerres étrangères que la France a eues depuis quatre-vingts ans ne l'ont tant ruinée que les pilleries des soldats, depuis que les civiles sont commencées. On trouvera aussi des gentilshommes qui imaginent, je crois, que les marques de la noblesse soient de se faire redouter, de battre et prendre d'audace sur leurs sujets tout ce qui leur est commode, comme s'ils étaient esclaves. Les grosses cités, que font-elles sinon tirer tous les profits qu'elles peuvent, faire bruire leurs privilèges, et jeter sur le pauvre peuple champêtre toutes les charges et les misères, lequel étant encore pincé par là subtile main des financiers, c'est merveille de quoi il subsiste ? Bref, si on regarde en général les actions des particuliers les uns envers les autres, on y trouvera abondance de fraudes et violences : comme si l'homme n'était en ce monde que pour nuire à son semblable. Ce que dessus suffira pour faire connaître que l'injustice approche de son comble ; car on a aussi peu de souci de fouler le pauvre, la veuve et l'orphelin, comme on a peu d'appréhension des menaces qui sont écrites contre ceux qui le font. Toutefois il faut estimer que, quand l'oppression est universelle et continue, alors Dieu hâte ses jugements qui détruisent, puis([u'on ne s'est voulu amender par ceux qui instruisent.

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