Extraits. Œuvres de Du Bartas, éd. 1583, pp
Chaque œuvre est une page, et chaque sien effet
Est un beau caractère en tous ses traits parfaits.
Mais tous tels que l'enfant, qui se paît dans l'école,
Pour l'étude des arts, d'une étude frivole,
Notre œil admire tant ses marges peinturées,
Son cuir lleurdelyséet ses bords surdorés
Que rien il ne nous chaut d'apprendre la lecture
De ce texte disert, où la docte nature
Enseigne aux plus grossiers qu'une divinité
Police de ses lois cett€ ronde cité.
... Dieu ne fit seulement unique la nature,
Ains il la fit bornée et d'âge et de figure,
Voulant que l'être seul de sa divinité
Se vît toujours exempt de toute quantité.
... Mais d'autant qu'on ne sent plaisir qui ne déplaise
Si sans nul intervalle on s'y plonge à son aise...,
L'architecte du monde ordonna qu'à leur tour
Le jour suivît la nuit, la nuit suivît le jour.
La nuit peut tempérer du jour la sécheresse,
Humecte notre ciel et nos guérets engraisse.
La nuit est celle-là qui charme nos travaux,
Ensevelit nos soins, donne trêve à nos maux,
La nuit est celle-là qui de ses ailes sombres
Sur le monde muet fait avecques les ombres
Dégoutter le silence et couler dans les os
Des recrus animaux un sommeilleux repos.
0 douce nuit, sans toi, sans toi l'humaine vie
Ne serait qu'un enfer, où le chagrin, l'ennui,
La peine, l'avarice, et cent façons de morts
Sans fin bour relieraient et nos cœurs et nos corps.
0 nuit, tu vas ôtant le masque et la feintise
Dont sur l'humain théâtre en vain on se déguise.