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J’offre au public un ouvrage dont le sujet intéressant est si difficile à traiter , dans F état actuel de nos connaissances, que, pour en lustrer les parties obscures, j ai été obligé de faire des excursions nombreuses dans les trois règnes de la nature, dont j’ai examiné les reproductions comparativement avec celles de l’homme. Aucun autre traité, que je sache, ne présente la même étendue de vue ni un rapprochement de laits aussi variés. Celui de M. Girou de Buzareingues, intitulé De la Génération.
<‘l publié en 1828 chez Mme Huzard, n’étant écrit que dans l’intérêt de l’agro-
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nome, lui offre à la vérité des expériences curieuses et utiles pour l’économie rurale , mais sans rapport avec la génération de l’homme, et sans but pour approfondir les divers modes de revivifications, ou montrer l’enchaînement de leur ensemble. Toutes ses recherches sont consacrées à 1 utilité des animaux domestiques et aux résultats de leur accouplement, ce que je n ai eu garde de négliger dans ce traité.
Mais au lieu de borner mes regards à ce point de vue, je les ai portés sur toutes les revivifications de la nature, en appelant a mon secours les faits qui les manifestent, pour faire sortir de leur comparaison critique la vérité ou Terreur des opinions les plus accréditées.
J’ai cherché, autant qu’il m’a été possible, d’éloigner Terreur des cadres variés et des aperçus multipliés que j’ai
présentés pour tous les phénomènes de la vie, et j ose espérer qu’en faisant connaître l’état actuel de la science sur le sujet que j ai traité, en établissant de nouvelles vérités, et en provoquant à des investigations ultérieures sur les points douteux ou contestés, j’aurai atteint, au moins en partie, le but d utilité que je me suis proposé.
circonstances accidentelles. Mais, en supposant que l’on ne puisse approfondir ce sujet, l’on 11e pourrait cependant nier les faits, ni se refuser aux conséquences déduites de leur analogie et de leur connexité constante. L’esprit humain 11e peut pavenir à tout expliquer; ct^ s'il n’admettait que les choses dont l’explication lui est facile, il faudrait commencer par nier la vie que nous 11e connaissons que par ses phénomènes, et révoquer en doute notre propre existence , dont le principe est encore un mystère pour nous.
En nous tenant en garde contre les extrêmes vers lesquels la présomption se laisse si facilement entraîner, nous concilierons la médecine humorale avec le solidisme, au lieu de nous déclarer exclusivement pour l’une ou pour l’autre. Nous sentirons alors que pour reproduire ou engendrer un être organisé d’une espèce quelconque, il faut que la nature ait élaboré et mis en réserve des élémens assimilés à ceux dont se compose cette espèce , et qu’ensuite un concours de circonstances prévues et voulues par le créateur de toutes choses, y allume le flambeau de la vie dans un foyer propre à l’alimenter par des matériaux identifiables. La génération est l’acte par lequel se réunissent et se vivifient les élemens mis en réserve par la nature pour une nouvelle organisation individuelle , et , par extension, I on applique
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aussi ce terme au développement progressif dé cette nouvelle organisation.
Dans les végétaux, le pollen, qui est une poussière fécondante attachée aux anthères , dont se couronnent les étamines ou fdets de fleurs mâles, venant à s’introduire par le stigmate dans 1 e style ou le conduit vaginal de Y ovaire , qui est un renflement en forme d’œuf dans les plantes femelles, donne lieu, par l’évolution du pistil, à la formation des semences et des fruits , lesquels mis dans un foyer propre à leur évolution , reproduisent l’espèce de plante dont ils proviennent.
Dans les animaux les plus parfaits, la génération s’opère au moyen de la copulation ou de l’accouplement des deux sexes , par l’imprégnation, qui est la réunion dusperme, liqueur prolifique des mâles, avec les œufs , ou un produit sexuel des femelles, et, dans quelques espèces, sans copulation , parla simple éjaculation du sperme des mâles sur la ponte des femelles. Dans le premier cas il y a conception de la part de la femelle , dès qu’un œuf a été vivifié ou fécondé par le mâle. Dans les mammifères (1) , qui sont des animaux vivipares (2), l’œuf, restant muni d’enveloppes
(1) Mammifère , en latin mammifer, de mamma, mamelle, et fero , je porte, désigne les animaux qui portent des mamelles.
(2) Vivipare , en latin viviparus } de vivus , vivant, et de pario , je mets au monde, se dit des animaux qui mettent au monde leurs pe-
molles, se porte, après la fécondation , par un conduit appelé trompe , dans une poclic charnue et vasculaire, très-susceptible d’extension et de contraction, appelée matrice et aussi utérus , où il est fomenté et pourvu de sucs nourriciers, jusqu’à ce que le petit animal qu’il renferme ait acquis assez de solidité et de force pour pouvoir continuer son accroissement hors du sein maternel, par l’allaitement el successivement par d’autres alimens dont la pousse des dents indique la-propos et l’espèce. Dans les oiseaux, les scrpens , les insectes, etc., qui sont des animaux ovipares , l’enveloppe extérieure des œufs se durcit en forme de coque, par l’absorption d’un principe calcaire qui s’insinue dans son tissu. Les œufs des oiseaux , qui sont pourvus d’un germe manifeste analogue à celui des graines des plantes, se détachent un à un d’une tige appelée ovaire , où ils tiennent en forme de grappe, et sont reçus dans Yoviducte , espèce de canal membraneux très-court qui les porte au-dehors. Le germe , implanté dans un liquide jaune par une extrémité, et flottant par l’autre dans un liquide blanc albumineux, paraît, contenir en miniature les rudiinens du poussin ou l’embryon aviculaire; mais
(its tout vivans, même avant l’expulsion des enveloppes de l’œuf - tandis que c’est ie, contraire chez les ovipares et les gemrnipares , deux mots de la meme composition ; ovum , en latin, signifiant œuf, et gemma bourgeon.
il reste inerte jusqu’à ce que J incubation , ou une chaleur et un milieu convenables , favorisent son développement par l’absorption des liquides au milieu desquels il plonge. Ce germe , que l’on assimile à celui des semences des végétaux, se rencontre aussi dans les œufs non fécondés, et cette circonstance , réunie à son absence dans les œufs de plusieurs autres animaux , l’assimile davantage au pistil des plantes femelles, qui ne se convertit en graine ou embryon végétal qu’après la fécondation.
On croit, mais sans preuves suffisantes, que le petit qui provient des œufs des oiseaux brise luiméme sa coque et l’enveloppe qui la revêt à l’intérieur, pour en sortir, lorsqu’il en a épuisé le liquide, et qu’il a acquis assez de volume pour en être comprimé.
Dans plusieurs espèces , comme les batraciens (1) et les poissons , la fécondation ne s’opère par la semence ou la laite des mâles , que durant ou après la ponte des œufs, par un accouplement sans coït dans ceux-là, et par un frottement les uns contre les autres ou contre les
(i) Batracien , A u grec pu/oç , grenouille, désigne non - seulement les grenouilles, mais aussi les crapauds , les raines, les salamandres, les sirènes, les protées, c’est-à-dire les reptiles sans carapaces ni écailles, avec des doigts très-distincts et sans ongles : leur accouplement se fait sans coït.
plantes , les cailloux , etc. , dans les poissons , que l’on dit alors frayer , du latin fricare, frotter. On désigne sous le nom de frai les œufs imprégnés par la laite ou laitance , et l’on nomme aussi sperniole le frai des grenouilles.
Un phénomène qui a paru étonnant dans les œufs des oiseaux , c’est que le germe qui plonge par une extrémité dans l’albumine près de la périphérie, tant que l’œuf est liquide, se relire au centre du jaune où il ne se durcit pas entièrement, lorsque l’œuf est cuit dur ; ce qui ne peut s’opérer qu’à l’aide d’un principe de contractilité mi en jeu par la chaleur. Cette contractilité peut-être considérée comme le premier degré de l’énergie vitale pour l’assimilation des parties alimentaires.
On voit que la génération s’opère d’une manière analogue dans le règne végétal et dans le règne animal, car on y remarque deux sexes, et la semence des plantes est comme un véritable œuf avec un germe et des enveloppes qui le protègent et tiennent à sa disposition des principes muqueux, féculens et huileux, que 1 humidité et le chaud de l’air liquéfient pourla premièrealimcntation de l’embryon végétal ou de la plantule. Un autre point de similitude dans les deux règnes, c’est que les deux sexes sont partagés entre deux individus de la même espèce, ou réunis dans le même individu , que l’on nomme pour cela hernia-
phrodite , c’est-à-dire male et femelle. Ainsi, dans quelques animaux, tels que les coquillages, les escargots, les limaçons et autres mollusques (i) , les deux sexes coexistent dans le même individu , de même que dans le plus grand nombre des plantes, telles que le bouleau, le coudrier, le maïs, le froment, le rosier, le lys et beaucoup d’autres. Chez les animaux les plus parfaits les sexes sont séparés, et ils le sont aussi dans plusieurs espèces de végétaux , comme le chanvre, les épinards, le houblon, legenevrier et autres. Il y a cependant cette différence marquée, que dans les végétaux les organes femelles qui sont les pistils , se convertissent en œufs ou semences , et se reproduisent annuellement, même dans ceux qui sont vivaces ; ce qui n’arrive jamais dans les animaux dont les organes sexuels sont d’ailleurs plus compliqués. Les organes mâles des végétaux périssent et se reproduisent aussi annuellement après la fécondation, ce qui établit aussi une différence avec ceux des animaux. Ainsi, dans les végétaux, la sexualité n’est qu’un phénomène passager de la floraison, ou un prêt qui leur est fait pour leur mariage ; au lieu que dans les animaux , c’est un phénomène constant ou une propriété
(i) Les mollusques , du latin mollis, mou, sont les animaux de la cinquième classe, qui, sans vertèbres ni articulations , quoique pourvus d’organes pour la circulation, et de nerfs avec un renflement appelé cerveau , ont tout le corps mollasse.
qui fait partie de leur constitution et sui vit à leurs amours. Les moyens de reproduction des deux règnes, n’ont donc de similitude que dans la manière dont l’esprit les conçoit , puisqu’ils ont entr’eux une différence réelle si manifeste. Il en est de meme des élémens de vitalité, assimilés par l’esprit humain sous le nom générique d'œufs, malgré les dissemblances et les différences réelles que nous aurons plus lard occasion de faire remarquer.
Le mode de vivification que je viens d’exposer, porte le nom de génération univoque. C’est celle qui est le plus généralement adoptée , et celle qui a fait dire que tout être vivant sort de l’œuf ( omne vivens ex ovo). Cependant, comme on ne découvre point de germe dans les œufs d’un grand nombre d’animaux, ni dans les vésicules ovoïdes des mammifères , et qu’au contraire on a observé dans le sperme des animalcules , sous forme de vers ou de têtards, avec des différences propres à chaque espèce ; quelques naturalistes en ont conclu que c’était le sperme des mâles qui fournissait la première ébauche du foetus (i ). L’on a encore
(i) Ad patrem alii omnia retulerunt 5 potissimum postquam notissimi vermiculi séminales per microscopiorum auxilia in masculo semine innotuerunt , qui ipsa sua iigura cum primœvi embryonis omnium animalium habitu consentire non præter verum adnotatum est. \J/ oy. Haller, Primœ linece physiologies , auctœ ab 11.- A. W~ risberg, p. 481. Gcettingue, 1780.)
hasardé beaucoup d’autres explications sur le même sujet que nous aurons occasion d’examiner plus tard. Il nous suffit de donnera présent, pour faciliter l’intelligence de ce qui suit, un aperçu du système le plus généralement adopté et le plus plausible, quoiqu’on n’y puisse trouver la solution de tous les problèmes qui se rattachent à la génération.