‹ Anthropogénèse, ou génération de l'homme, avec des vues de comparaison sur les réproductions des trois règnes de la natureChapitre 4 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la génération dans les espèces dont le sexe n’est pas connu.

ii y a une reproduction ou extension de la vie par boutures qui appartient à quelques espèces de vers, aux zoophytes (1) cl à un grand nombre de végétaux, appelés pour cette raison gemmipares. On ne connaît pas de sexe à quelques champignons ^ aux algues ni à plusieurs espèces de mousse ou lichens , non plus qu’à certains animaux, tels que les radiaires, les polypes de mer , les vibrions et les infusoires en général (2) ; ce

(1) Zoophyte, du grec ov, animal, et jjutov, plante, signifie animal-plante , parce que cette espèce semble vivre à la manière des plantes.

(2) Les infusoires sont des animaux que l’on ne découvre guère que dans les liquides qui ont des matières animales ou végétales en infusion , et comme il faut un microscope pour les voir, on les appelle aussi animaux microscopiques . On appelle volaoces ceux qui tournent continuellement , du latin voloo, se tourner, et monades, du grec povoç, seul ou simple, les plus petits qu’on ne peut voir qu’au micro-

qui prouve, non qu’ils en > manquent , niais que nos connaissances sont bornées, et ne nous autoriseraient pas suffisamment , sans d’autres raisons, à admettre, avec quelques naturalistes, une génération équivoque , c’est-à-dire, une production d’animaux par une efficience ou une spontanéité inhérente à la matière en dissolution ou en putréfaction, sans la participation d’un autre être vivant, congénère ou de même nature. Au moins , a-t-on prétendu découvrir des oeufs ou quelque chose de semblable dans les infusoires du riz, et en mettant un morceau de chair fraîche dans un vase bien clos pour l’empêcher d’être contaminé par les œufs que le vent ou des insectes peuvent y porter, et en l’y laissant tomber en putréfaction , l’on n’y voit rien grouiller de vivant. Néanmoins, cette expérience n’est pas très-décisive ; car l’air atmosphérique et un certain degré d’humidité sont des élémens nécessaires à la vie de la plupart des animaux, dont quelques-uns, tels que les mouches, les infusoires, ressuscitent, par leur retour à l’air et à l’humidité , après une lon-

scope solaire. Les vibrions , ainsi nommés à cause de leur mouvement d-e vibration ou de tremblement par secousses, sont des infusoires iîli— lormes comme de petites anguilles, que l’on observe dans le vinaigre, la colle de farine, etc. On désigne aussi les infusoires sous ie nom de polypes amorphes, du grec ttoàvç, plusieurs , et ttoüç, pied , qui a plusieurs pieds, et de popori forme, figure, mot qui, précédé d’« priva-, tif, signifie sans figure ou informe.

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gue perte de tout signe de vie, et même on a observé que les polypes rotifères (1), qui se trouvent dans les eaux croupissantes , après une immobilité et un dessèchement prolongés pendant des années entières , se sont mus de nouveau, lorsqu’ils ont été rendus à l’humidité. C’est un phénomène qui s’observe aussi dans les animaux plus parfaits, par exemple, dans l’homme , que l’on peut encore rappeler à la vie, après plus d’une demi-journée d’asphixie ou d’apparence de mort , par la submersion dans l’eau, la respiration du gaz acide carbonique du charbon ou des cuvesde vendanges, l’engourdisse ment par le froidet par d’autres causes quelquefois inconnues. Une femme enceinte peut paraître morte, et cependant vivre encore, dit Can giamila ( Abrégé de l Ambryologie sacrée , traduite par Dinouart , page 69). Dix ans avant que je fusse curé à Païenne , dit cet auteur, une femme pieuse de ma paroisse demanda que , dès qu’elle serait morte , on lui fit l’opération césarienne. Un chirurgien étourdi oublia de s’assurer

de la réalité de la mort ; il l’ouvrit , et elle donna,

Ou appelle rotifères ou rotateurs les polypes qui communiquent à l’eau un tourbillonnement ou une rotation rapide par les cils dont leur bouche est garnie, cl par lesquels ils attirent les molécules dont ils se nourrissent. Les polypes coralligènes sont contenus dans des cellules calcaires dont la réunion produit les coraux : de là leur dénomination. Les amorphes, Au grec fiopvi], forme, ligure, et d’sc privatif , sont ceux dont on ne distingue pas bien la forme ou la figure.

par le grincement de scs dents et la contorsion de sa bouche , des preuves quelle n’avait point perdu la vie. Peu et Mery commirent la meme faute. Le célèbre anatomiste André Yésale, premier médecin de Cliarles-Quint , et ensuite de Philippe II, roi d’Espagne, ouvrit aussi , en i564 , le cadavre d’un gentilhomme espagnol, qu’il croyait mort, et lorsqu’il se mit à le disséquer, les assistans s’aperçurent que le cœur palpitait encore ; la famille en ayant été instruite, fut indignée de cette méprise, et déféra Yésale au tribunal de l’inquisition , qui le condamna , pour expiation de ce meurtre , à faire un pèlerinage à Jérusalem , au retour duquel il mourut à l’âge de cinquante ans, dans un village de File de Zante , où il fut jeté par une tempête. Des serpens congelés pendant des mois entiers , au point de pouvoir être cassés comme des bâtons ; les abeilles et d’autres insectes , engourdis et rendus immobiles par le froid pendant assez long-temps , reviennent également à la vie lorsqu’une température plus chaude rend leurs organes perméables à Pair.

Les animaux font en quelque sorte la digestion de l’air atmosphérique, c’est-à-dire qu’ils en opèrent la décomposition pour s’en approprier la partie que l’on nomme vitale ou oxigène ; l’homme, les quadrupèdes et les oiseaux par les poumons; les poissons, par un petit réservoir par

où ils absorber! 1 1 air atmosphérique ; les insectes, par de petites ouvertures sur la surface de leur corps , auxquelles on donne le nom de stigmates ou de trachées. Ce qui prouve que l’air est un principe de vie ( pabulum vitœ) , c’est qu’un animal , renfermé sous le récipient de la machine pneumatique , s’agite et succombe bientôt à l’épreuve du vide, tant par l’absence de l’air extérieur, que par l’expansion de l’air intérieur , et que, si l’épreuve n’a pas été trop longue, il reprend vie à l’air libre. Les émanations lumineuses et calorifères du soleil ont aussi sur les phénomènes de la vie une influence incontestable dont le mode ne paraît pas encore bien connu. Pour n’en citer qu’un exemple, j’avais ramassé sur la neige, le i5 février 1829, cinq abeilles qui me parurent mortes ; j’essayai de les ranimer, dans le creux de ma main , par mon souffle , ce qui m’avait plusieurs fois réussi ; mais cette fois je ne parvins à réveiller aucun mouvement , et je les mis sur une planche du rucher où le soleil ne donnait pas. Le lendemain 16 , allant voir le rucher par un soleil un peu plus chaud que la veille, donnant sur une neige épaisse , pour savoir si les mouches 11e s’étaient pas fait quelque passage pour sortir , l’idée me vint de mettre au soleil , sur une planche, les cinq abeilles, toujours immobiles de la veille; et, au bout de trois ou quatre minutes ,

elles commençaient toutes à remuer et à marcher, mais ne prirent pas assez de force pour s’envoler. Il y a donc dans l’air atmosphérique réchauffé par le soleil quelque chose de plus vital que dans le même air réchauffé artificiellement; et voilà une nouvelle preuve que le souffle le vicie dans son principe vital.

Cependant ces observations , en prouvant la nécessité d’une communication avec l’air atmosphérique, et d’un certain degré de chaleur et quelquefois d’humidité pour la plupart des animaux , n’établissent pas la même nécessité pour tous; car on a trouvé des crapauds vivant depuis un grand nombre d’années dans des roches et d’autres cavités imperméables à l air et à l’humidité de l’atmosphère ; ce qui doit faire supposer que , pour subsister, ils décomposent en partie les corps ambians, effet que produisent aussi dans les roches mêmes , au moyen de leur nature phosphorique , les zoophytes lithophages, espèces d’animaux-plantes qui , rattachés par leur habitation pierreuse au règne minéral, par une absorption nutritive sans locomotion au règne végétal , et par des mouvemens de spontanéité en divers sens au règne animal, semblent lier les trois règnes, et établir, par des degrés presque insensibles, le passage de l’un à l’autre. Quoi qu’il en soit, pour que l’expérience d’une putréfaction isolée dans

un vase clos fût décisive , il faudrait avoir démontré que non-seulement l’air, l’humidité, mais aussi les principes calorifères et expansiis des rayons solaires , l’électricité et tous les élémens propres à provoquer et à alimenter la vie, ont conservé, dans ceîte expérience, le degré d’influence qui leur est assigné dans l’organisation et la conservation des êtres vivans. On la rendrait toutefois déjà plus probante, si l’on parvenait à conserver assez long-temps en vie , dans des vases clos, les animalcules qui se développent dans les corps putréfiés à l’air libre.

L’influence de l’air atmosphérique, de l’humidité et des fluides impondérables, est également nécessaire au développement des productions végétales , car la graine ne germe pas sans leur concours simultané; et l’on prévient la moisissure des tonneaux, non-seulement en les souffrant, mais aussi en les bouchant immédiatement après en avoir tiré le vin ou en les défonçant pour les faire sécher. L’on prévient pareillement la moisissure et la décomposition des pâtes cuites, des viandes, des légumes, des fruits par leur dessèchement, leur minéralisation et leur isolement du contact de l’air. De là î’usage du biscuit, des salaisons, des condimens acides, des fruits et légumes secs ou isolés du contact de l’air, pour les voyages de mer. C’est sur les mêmes principes

quest fondée la conservation des corps dans l’esprit de vin, dans les graisses et par l’embaumement. L’on pourrait croire que l’air atmosphérique n est utile que pour servir de véhicule aux œufs et aux semences des espèces minimes , s’il n’était prouvé que meme avec les semences , la germination n’a pas lieu sans l’air atmosphérique, et que , sans lui et la chaleur, les œufs n’ont point dévolution vitale : c’est que le mouvement et la confusion des élémens ne s’opère nulle part aussi bien que dans l’atmosphère , et c’est même à Fagitation et au mélange des élémens que sont dues sa salubrité et son efficience vitale.

On a allégué d’autres raisons que la putréfaction en faveur de la génération équivoque, c’est-àdire , en faveur d’une formation d’êtres vivans , sans la participation d’un individu congénère, laquelle serait produite par une spontanéité de particules vivaces , répandues et confuses dans la nature, ou autrement par une efficience capable, sous l’influence et avec le concours des fluides impondérables tels que l’électricité, le galvanisme, le magnétisme, le calorique et la lumière, de coaguler la matière protogène d’abord en points gélatineux, transparens, amorphes et vacillans, désignés par Müller sous le nom de monades , pour caractériser les plus simples des animalcules que l’on connaisse ; puis de la filer sous forme de

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petites anguilles en vibrions dans le vinaigre , la colle de farine , sur les mares et les étangs , et en général , dans les infusions des végétaux , et successivement de la produire en volvoces, zoophy tes, hydres, radiâmes, astéries, etc., dans le règne animal, comme seraient produits dans le règne végétal les conferves, les moisissures, les lichens, quelques champignons et d’autres cryptogames; car, si l’on a reconnu l’existence de ces differens êtres, on est encore incertain sur le mode de leur génération , ainsi que sur celui des cirons et des mites qui naissent dans le fromage; et l’analogie qui les revendique au système de la génération univoque est contrebalancée par celle qui les porte dans le système de la génération équivoque, sous des autorités à peu près équipondérantes.

Ceux dont tout l’avoir intellectuel consiste en doctrines de fantaisie, au lieu d’examiner la question , la décideront négativement, d’après une idée préconçue d’iuerlie qu’ils prêtent à la matière . et par laquelle ils la privent de toute activité, et par conséquent de toute action spontanée, ne lui laissant que la susceptibilité d’être mue et modifiée par des agens d’une essence différente, en ôtant ainsi à Dieu, créateur de l’universalité des choses, le pouvoir d’une création régie par d’autres lois que celles que leur intérêt et leur vanité leur ont fait imaginer. Demandons- leur.

à ces superbes régulateurs de la puissance de Dieu, qui, d’après leur système, n’aurait pu, à la création, accorder aucun principe d’activité et de spontanéité à la matière, si c’est par inertie que les liqueurs fermentent et s’échappent avec impétuosité des vases qui les renferment ; que les plantes conservées dans des caves et d’autres lieux obscurs se portent vers les points les plus lumineux; que l’aimant attire le fer et lui communique sa polarité qui règle la boussole ; que se fait le passage de la matière électrique d’un nuage à l’autre à la lueur des éclairs et au bruit du tonnerre ; que les corps gravitent vers le centre de la terre; que le calorique, par antagonisme, les en éloigne et les suspend dans l’atmosphère sous forme de vapeurs et d’effluves ; que la terre et les autres planètes roulent autour du soleil et ramènent annuellement les mêmes saisons ; que les corps célestes se meuvent dans leurs orbites et se contrebalancent dans l’espace , en reproduisant , à des périodes calculées d’avance avec la plus grande précision , les memes phases et éclipses ; que les acides et les alcalis s’attirent et se pénètrent réciproquement avec effervescence , en prenant une nouvelle forme de leur composition mutuelle ; que les particules salines et minérales s’agrègent, non confusément , mais par des cristallisations déformés et de figures régulières, toujours les

mêmes , et variables seulement selon la différence des composés; que les fleurs s’épanouissent et se referment alternativement sous l’influence du jour et de la nuit ; que le tournesol suit les mouvemens du soleil ; que les étamines et les pistils des fleurs s’inclinent les unes vers les autres, et se recherchent réciproquement sur la surface des eaux et dans le vague des airs , à des distances très-éloignées ; que des graines restent inertes ou se développent en végétaux magnifiques, selon les circonstances où elles se trouvent, etc. Dès qu’on touche les filets des étamines du berberis, ils entrent en mouvement; et, d’après un mémoire de Descemet , inséré dans le troisième volume du Recueil périodique de la Société de médecine de Paris , pag. 177, le mouvement des étamines se manifeste aussi sans irritation, par une action spontanée , déterminée par la nature pour la fécondation. Les feuilles de Yhédjsarum gjrans , espèce de sainfoin , ont un mouvement continuel en tournant sur leur pétiole, et, selon les observations de Scanagala, professeur à l’université de Bologne, ce mouvement spontané et continu , tenant principalement à l’organisation articulaire des folioles latérales avec la lige du pétiole commun , n’est point le résultat d’un stimulant accidentel et momentané, comme celui des feuilles de la mimosa pudica ou sensitive , de la

jjge de la 'Valisneria } de la corolle de la dionœa muscipula , de Yonoclea sensilis , des examines du bignonia catalpa , de la pariétaire, etc. Voilà une partie des phénomènes nombreux qu’il serait difficile de concilier et de concevoir avec l’inertie de la matière, meme en admettant une création perpétuelle sur le type primordial par un être universel agissant en tout lieu , en tout temps , et sur toutes les essences modifiables.

Quoi qu’il en soit, la matière fournit des particules actives et vivaces aux organes de la génération, et pour en fournir, il faut qu’elle en soit pourvue. La question dont il s’agit se réduit donc , dans sa plus grande simplicité, à savoir si, sans organes delà génération , il peut y avoir des combinaisons ou compositions matérielles d’où puisse résulter la vie, comme il y en a d’où résulte la formation de l’oxygène et de l’hydrogène en eau, de l’eau en vapeurs, en neige et en glace; des acides et des alcalis en cristaux variés ; des combustibles en chaleur , lumière , vapeur, suie, charbon , cendres et alcalis par l’accession du feu ; des corps opaques en corps lumineux par l’accession du phosphore , etc. Curt Sprengel , l’un des médecins modernes les plus savans , se prononce pour l’affirmative , en s’exprimant de la manière suivante dans ses Institutions physiologiques : « Ainsi la génération appelée équivoque,

dans laquelle il ne faut point la participation d’un congénère, est le résultat de l’efficience meme de la nature universelle , et elle n’a rien d’absurde , pourvu toutefois qu’on la restreigne aux créations imparfaites, c’est-à-dire, aux corps d’une individualité peu prononcée. Mais dire quels sont ces corps , et établir la ligne de démarcation qui les sépare de ceux qui sont plus parfaits, n’est point une chose aisée. Je ne doute nullement que les moisissures, les champignons les plus imparfaits eux-mêmes et les lichens, de même que les animalcules infusoires et les zoophytes , ne puissent provenir également d’une génération équivoque , c’est-à-dire de l’efficience d’un organisme universel, comme cela se fait dans les sels et les cristaux (1). »

Quoique cette opinion s’accorde avec plusieurs faits dont elle peut rendre raison , et que l’on ait toujours admis des aphrodites , c’est-à-dire, des animaux qui se reproduisent sans copulation con-

(i) Itaque generatio quæ ecquivoca dicitur, quæque nullam congeneris syjnbolam requirit, ex ipsa naturæ universæ efficienlia proficiscitur, ncquc absoni quidquam liabet, duramodo ad incboatas duntaxat natuvas , i. e. ad minus individua corpora restringitur. Quænam vero sint ea corpora , quibusve limitibus ab aliis perfectioribus disçriminentur, liaud protinus patet. Mucores et gastroinycetas , ipsosque imperfectiores fungos et lichenes, dcin animalcula infusoria et zoophyta pariter posse æquivoca generatione , i. e. per universalis organisrni efficientiam oriri , ac sales et crystallos , persuasissimum habeo. ( Curlii Sprengeù Irislitutiones physiologicœ , t. II, p. 482. Amslclod. 1810.)

jme, elle n’a cependant qu’une vraisemblance conjecturale , principalement déduite de la spontanéité des cristallisations, de l’imperceptibilité des modes de \ivification par lesquels la nature passe d’un règne à l’autre , et aussi de l’extrême simplicité de la formation du volvoce. « Le vol-

voce., dit Millin , page 622 de ses Elémens d'histoire naturelle , Paris, 1802 , est arrondi : on le trouve dans l’eau où l’on a mis des plantes à infuser; il est blanchâtre ou orangé. Il renferme un globule qui sort quand il a rompu sa première enveloppe, et contient lui-même d’autres globules qui paraissent successivement de la même manière; de sorte que cet animal porte en lui-même ses fils , ses petits-fils et leurs nombreux descendans. O11 trouve dans d’autres infusions d’autres espèces du même genre. » Sprengel s’exprime de la manière suivante sur le même animalcule , l. c. , page 486 : « Le volvoce globateur, que je contemple très-souvent , a une enveloppe transparente, hérissée de molécules qui ne sont autre chose que des vésicules dont tout l’animalcule paraît imprégné , jusqu’à leur sortie par les fissures de la cuticule , ce qui constitue certainement le mode de génération le plus simple (2). »

(1) Volvox globator jam quem sœpissimc conlemplor, moleculis asporam babel cutim diaphanam- eæ moleculæ nibil sunt nisi vesiculæ, qui bus tolum animalculum fœtum, donec fissa cuticula illæ prodcunl ; gcncrationis profceto siniplicissimus modus. ( Jbid. , p.

Si les deux auteurs que je viens de citer ne sont pas d’accord en tout point, ils s’accordent neanmoins à reconnaître dans le volvoce des vésicules ou globules régénérateurs ; ce qui laisse bien présumer le même mode de propagation dans d’autres espèces, mais ne suffit pas pour dissiper l’obscurité d’une vivification protogène, sans la participation d’un congénère. L’existence des sexes, niée autrefois et reconnue aujourd’hui à l’aide du microscope, par plusieurs observateurs, à la tête desquels se trouvent Micbeli etHedwig, Le Vaillant, dans les champignons etdans d’autres cryptogames, tels que les algues, les hépatiques , les mousses, les fougères , est-elle si évidente et si bien démontrée qu’on ne puisse en contester la réalité , en en attribuant la découverte à la prévention , qui , pour tout faire rentrer dans la génération univoque, aurait bien pu faire voir des semences et des sexes où il n’y avait qu’une espèce de desquemmation de parcelles globulées , comme dans le volvoce, où Millin semble admettre un emboîtement de germes, dont ne parle pas Sprengel ? Sans me prononcer absolument pour ou contre , j’admets pourtant que ces végétations portent, pour la plupart, des globules appelés séminaux, d’où se régénèrent , comme par boutures , ou à la manière du volvoce, des individus semblables, et chacun sait que, pour obtenir les champi-

trions comestibles, il suffit d’arroser des couches de fumier de cheval avec l’eau qui a servi à les laver.

En général, il ne faut recevoir les observations

microscopiques qu’avec la plus grande circonspection. Linnée appelle anthères la poussière contenue dans les capsules des mousses. Mais Micheli a vu dans la meme poussière des particules de différentes figures, dont il a pris une partie pour du sperme et l’autre pour des graines. Selon de Haller, qui prend les mêmes capsules pour un amas de véritables feuilles analogues au bouton des arbres, les fleurs mâles et femelles des mousses sont encore bien incertaines. Aussi Necker , botaniste de l’électeur palatin , n’admet-il pas dans son ouvrage sur les mousses , les parties de la fructification que d’autres y ont vues. Toutes les mousses, selon lui, sont perennelîes, vivipares, et leur germination n’est pas toujours la même ; dans les unes , elle est feuilletée, musci frondescentes j dans d’autres, elle est à plumes, musci plumascentes , et dans quelques-unes, elle est à simple bourgeon , musci gemmasceiites. Enfin, un autre muscograplie, JeanHedwig, dit que les fleurs qu’on avait regardées comme femelles dans les mousses , sont précisément les mâles, et que leurs prétendues anthères sont des capsules remplies de semences qui ont des cotylédons, une radicule et une plu-*

mule. Il a d’ailleurs trouvé que les fleurs et les fruits de ces plantes sont feuilles. Il mettait dans une goutte d’eau les petites parties qu’il voulait examiner à l’aide du microscope et de quelques aiguilles. Que l’on juge d’après cela du degré de certitude que l’on peut accorder aux observations microscopiques.

Outre le vol voce , il est reconnu que l’actinie et le polype se reproduisent en entier de chacune de leurs divisions, ce qui prouve encore que la génération est possible sans les sexes. Dans le puceron, la daphnie-puce , la vivipare à bandes des eaux bourbeuses, la femelle engendre, sans le concours du mâle, d’autres femelles qui se reproduisent de même. Cependant on trouve, selon M. Cuvier ( Anatomie comparée} , dans la vivipare à bandes , à la fois et à côté l’un de l’autre , un ovaire et un testicule, un oviduc et un sillon conducteur du sperme ; ce qui laisse présumer qu’elle se féconde elle-même, et que sa reproduction ne serait ni l’œuvre d^un seul sexe, ni une génération équivoque. On croit que la reine abeille, l’araignée, etc., produisent plusieurs générations sans le concours réitéré du mâle. L’on voit aussi plusieurs parties d’animaux tronquées se reproduire, telles que la moitié postérieure du ver de terre ou lombric, les pattes et la queue de la salamandre, les antennes, les mâchoires et les pattes

de l’écrevisse, les cornes de la limace, ]a queue du lézard, les plumes des oiseaux, les ongles et les poils des mammifères. Or, si la nature reproduit des organisations simples ou peu compliquées en aussi grand nombre sans le concours des sexes, et surtout sans l’accessoire des œufs , quelle raison solide ou péremptoire pourrait-on alléguer pour faire croire à la non-existence d’une génération équivoque, c’est-à-dire, sans sexe, sans accouplement et sans œufs?

Dans un ouvrage publié à Paris en 1828, sous le titre de la Génération , par M. Girou de Buzareingues, dont je n’ai eu connaissance qu’après la composition du mien, il est dit, page 68 : « La formation de la monade et d’autres infusoires peut être spontanée; il serait difficile de détruire tous les faits qui l’annoncent. M. Dugès, professeur à l’école de Montpellier , a prouvé récemment que le vibrion naît de la colle de farine. « ( Annales des sciences naturelles . )

Nous ne savons pas néanmoins si les infusoires n’existent pas déjà en miniatures, œufs, larves ou germes dans les plantes infusées. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on découvre beaucoup d’animaux microscopiques dans les squammes et la poussière que la brosse détache du cuir chevelu de 1 homme et des parties velues des animaux en général , et ce pourrait bien être quelques-uns de

ces memes animalcules, qui, fortuitement portes sur les pustules et les croûtes de la gale , auraient fait regarder le sarcopte, que tant de médecins y ont cherché en vain , comme la cause de cet exanthème. Quand les chats, les oiseaux et quelques autres animaux, paraissant tourmentés de prurit, se frottent et se grattent à l’imminence d’une température pluvieuse, il n’est pas invraisemblable que le remuement de pareils animalcules, excité par la moiteur, y est pour quelque chose; au moins l’humidité par elle-même 11’excite-t-elle pas le prurit, puisqu’au contraire les bains le calment; et, s’il survient souvent après les suppressions brusques de la transpiration et des flux de sang habituels, c’est la qualité irritante de ces humeurs qui le produit. Il y a des animaux qui s’incorporent, pour ainsi dire, dans la substance des autres, comme les hydatides, dont la génération paraît spontanée dans les organes en souffrance, et ils peuvent s’en détacher, sans pour cela être de la même espèce ni les reproduire , leur vitalité, quoique particulière , n’étant pas assez prononcée pour se conserver long-temps hors de la sphère d’une autre. La maladie appelée pédiculaire ou phthiriase, qui s’accompagne de fortes démangeaisons , est due à une génération prodigieuse de pous de diverses espèces, quQ selon Bonet et d’autres auteurs , serait spontanée, dans la dégé-

nérescence des humeurs, chez certains individus qu’il est impossible d’en guérir et qui en meurent , tels que Hérode, Platon, Ennius, Sy lia , Philippe II , roi d’Espagne, et beaucoup d’autres; ces animaux naissent sous l'épiderme, selon Galien , Avensoar ; se trouvent en quantité dans les tumeurs prurigineuses, selon Bernard Valentin, et meme sous le cuir chevelu et jusque dans le cerveau où ils pénètrent, en perçant le crâne, selon Lieutaud ; s’il fallait en croire Amatus Lusitanus, dont le témoignage est très-sujet à caution, ils se multiplieraient avec une telle rapidité, qu’il aurait fallu , dans un cas cité par lui , deux serviteurs journellement occupés à porter ceux de leur maître, par corbeilles, dans la mer. J’ai traité une femme plus qu’octogénaire qui, dans la dernière année de sa vie, où elle était très-aifaiblieau physique et au moral, fut tourmentée par une régénération quotidienne de pous si active et si prompte, qu’on ne put l’en débarrasser, et qu’elle en avait la poitrine toute rouge et hourgeonnée, ainsi que d’autres parties du corps , malgré qu’on les lui cherchât journellement plusieurs fois en les brûlant sur un réchaud.

En prenant seulement de tous ces faits ce qui ne sort pas des bornes de la vraisemblance, il serait difficile de se refuser entièrement à l’admis-

sion d’une production spontanée de quelques organisations imparfaites, telles que celles des moisissures, des conferves, des hydatides, et auxquelles je ne sache pas qu’on ait encore découvert des semences, des œufs et des sexes. Mais ce qui résulte encore plus évidemment des considérations précédentes, c’est l’existence d’un principe d’activité ou de spontanéité inhérent à la matière en général, dont nous désignons les effets par les termes de gravitation , d’attraction, de répulsion, d’affinité, d’effervescence, de cristallisation, de dissolution, de sublimation , de fermentation, de polarité, de contraction ( dans le berberis, la sensitive ) , d’équilibre , etc. Nous reconnaissons aussi dans la matière des différences d’agrégation et de modification, d’où résulte ce que nous appelons la vie ou la mort. Quant à la cause primitive de ces divers phénomènes , elle est encore problématique ; ce qui n’empêche pas que l’on ne puisse admettre, sinon comme démontrée, au moins comme très-vraisemblable , l’opinion de Sprengel dans les restrictions qu’il lui donne ; car il ne faut pas beaucoup plus d’apprêt ou d’activité matérielle pour les premières ébauches organiques du règne végétal et du règne animal , que pour les belles cristallisations des sels et des divers minéraux. Il serait moins raisonnable, ce me semble, et il serait

contraire à l’aclage d’après lequel on dit que Dieu et la nature ne font rien en vain (Deus et naturel nihil faciunt frustra ) , d’admettre que les transitions se font de prime abord d’un règne à l’autre par des semences et par des œufs dont la formation serait plus compliquée que les premières ébauches organiques qui en devraient éclore ; à moins que l’on ne veuille appeler semences et œufs tout ce qui présente une matière pulvérulente, liquide, mollasse ou dure, sous une forme arrondie ; mais alors cela reviendrait à la meme opinion , car il est démontré que toutes les particules des compositions organiques jusqu’aux divers tissus et humeurs des plantes et des animaux, se résolvent en globules, que Leibnitz avait déjà établis comme premiers élémens sous le nom de monades.

L’on peut donc admettre une génération immédiate par l’efficience ou l’activité générale de la nature , en la restreignant aux vivifications qui, par leur simplicité et leur obscurité , paraissent neutres entre les différens règnes. Mais je suis loin de croire qu’on puisse l’étendre aux diverses organisations dont le mode de reproduction n’est pas connu , comme faisaient les anciens , qui allaient jusqu’à supposer à la vase la faculté d’engendrer les grenouilles, à la terre celle de produire Jes rats des champs , et à certains moîlus-

ques anatifes celle de se métamorphoser en canards (1).

Dans les temps d’ignorance , la raison reste muette et recule devant les préjugés et devant toutes les absurdités que l’imagination enfante. C’est ainsi qu’ encore aujourd’hui, dansla Chine, la transformation (les êtres les uns dans les autres est une opinion généralement reçue ; des contes populaires, dénués de toute espèce d’observations judicieuses, y ontfait adopter les théories lesplus ridicules et les plus absurdes: les philosophes sont ensuite venus les expliquer comme des faits positifs. La glace, enfermée sous terre pendant mille ans, se transforme pour eux en cristal de roche, et le plomb , premeir-né de tous les métaux , ne demande que quatrepériodes, chacune de deux cents ans , pour passer successivement à l’état d’arsenic rouge, d’étain , et enfin d’argent, ce qui suppose une identité d’élémens primitifs dont le temps seul opérerait la diversité. Ils pensent aussi, quoique quelques-uns en parlent d’un ton dubitatif, qu’au printemps le rat se change en caille, et

Anatife, en latin anatifex , est composé d’anas , canard, et d efacio je fais. « On a cru autrefois, dit M. Duméril dans son Traite élémentaire d’histoire naturelle (Paris, 1 8e>4 , p. 1 9 1 ) , que certains canards provenaient de la métamorphose de ces animaux. C’est une erreur grossière qui provient de ce qu’on aura observé beaucoup de canards dans les parages qu’habitent les anatifes , dont ces oiseaux sont trèsfriands »

que les cailles redeviennent rats à la huitième lune en octobre. Un de leurs naturalistes, moins crédule que les. autres , se moqua agréablement d’un de ses confrères, pour avoir cru à la métamorphose du loriot en taupe et des grains de riz en poisson du genre cyprin. « C’est là, dit-il, un conte ridicule. Il n y a de constaté que le changement du rat en caille , lequel est rapporté dans toutes les éphémérides, et que j’ai constamment observé moi même; car enfin il y a une marche constante pour les transformations comme poulies naissances. »

Ces faits rapportés dans un Discours sur l'état de la médecine et des sciences naturelles en Chine , par M. Abel Rémusat , et dans la Gazette de Santé du 1 5 d’octobre 1828, prouvent qu’une fois engagé dans une fausse route, on en sort difficilement , et qu’il doit toujours être permis d’examiner et de discuter les opinions les plus généralement admises.

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