SUPPORT DU CRÂNE
Fig. 10.
Vue de détail.
Support du crâne. — Les crânes sont supportés (voirfig. 9) par un système de deux tiges verticales demi-cylindriques A et P qu'on fait pénétrer dans le trou occipital jusqu'au contact avec la voûte crânienne; elles sont garnies de caoutchouc pour éviter les glissements sur leur pourtour. La tige antérieure A est fixe et la tige postérieure P porte une roue dentée D engrenant avec une crémaillère horizontale H et permettant de l'écarter plus ou moins de la première. On détermine ainsi une pression des tiges contre les parois du trou occipital suffisante pour assurer la stabilité du crâne durant les opérations photographiques.
La tige fixe antérieure A est terminée à la partie inférieure par un pivot cylindrique G (voir fig. 10) dont ïaxe XX correspond exactement à la génératrice extrême antérieure de la tige fixe. Ce pivot est emmanché dans une pièce triangulaire T munie d'une crémaillère verticale V donnant le déplacement en hauteur. Une vis de serrage S immobilise à volonté le pivot G.
Le pied de cet appareil est de forme ronde et s'encastre dans un anneau métallique NN fixé à la table et dans lequel il peut
Schéma montrant Taxe de rotation du support du crâne.
centre optique commun de chacune de leurs combinaisons doit toujours être placé à une distance fixe de' Tobjet à photographier.
Les combinaisons adoptées donnent (pour les distances de i mètres, 4. mètres et lo mètres) des images à la réduction de 1/1 o, 1/7, 1/4 et 1/2. Ces échelles répondent à tous les besoins de la photographie métrique dans les laboratoires de Muséum. Un simple changement de la lentille d'avant et de remplacement du
châssis négatif suffira pour modifier à volonté Téchelle de la reproduction photographic[ue tout en lui conservant toutes ses qualités métriques. Les réticules, en effet, représentent toujours le centimètre et les tables de calcul ou les abacpies nomographicjues dont nous parlerons plus loin ne dépendent que de la distance da point de vue, 1 mètres, 4. mètres ou I o mètres et aucunement de la longueur focale de Tobjectif (ou grandeur de Timage).
AirrHBOPOLOGIE BOLIYIINIfE.
CRANIOMÉTRIE.
tourner à frottement doux au moyen des manettes MM. L*anneau porte une graduation semblable à une rose des vents formée de traits équidistants de 45 en 45 degrés. Le pied porte un trait de repère unique R qui sert à régler les orientations successives du crâne. Le centre de Tanneau correspond au prolongement de Taxe XX du pivot de la double tige, de sorte
que le crâne est doué de deux mouvements de rotation indépendants Tun de l'autre, mais s'effectuant autour d'un même axe qui coïncide avec Varcte antérieure de la ticje fixe.
Cette tige A , qui a q centimètres environ de diamètre, vient se loger entre les condyles et appuyer son arête antérieure contre le bord antérieur du trou occipital, précisément aux environs du basion .
De sorte que le basion se trouvera toujours sur l'axe même XX de rotation du support du crâne (fig. 1 1).
La photographie de la base du crâne en projection horizontale nécessite un changement de support. Le dispositif adopté (fig. 12) consiste à re-
Fig. 12. -
- Dispositif du support du crâne pour la vue basilaire.
tirer la double tige AGP de la
pièce triangulaire T et à la remplacer par la planchette horizontale BB qui est montée sur un pivot G de même diamètre que le pivot G de la double tige. Sur cette plate-forme, on place le crâne retourné et soutenu par un pied creux EE, assez lourd, en forme de calotte sphérique et dont les bords sont munis de fines pointes d'acier pour éviter le glissement
PHOTOGRAPHIE METRIQUE.
Fig. i3. — Vue générale de l'appareil de photographie métrique des crânes [au milieu des collections de la Mission dans les dépendances du Musée d'ethnographie du Trocadéro).
Nota. L*appareil est actuellement et définitivement installé dans le service de M. A. Berlilion ; il est à la disposition de tous ceux qui voudraient Tétudier et s'en servir.
20 CRANIOMÉTRIE.
du crâne et permettre de Tamener facilement à la position voulue.
En pratique, les six appareils photographiques théoriquement nécessaires pour relever les six projections du crâne peuvent être réduits à deux et même à un seul, convenablement disposé. La chambre noire, sans souflQet ni crémaillère de mise au point, se compose dune simple boîte portant lobjectif à l'avant et le châssis négatif (généralement multipose) à larrière. Des supports appropriés (voir fig. 1 3 ) permettent de placer la chambre soit horizontalement en face du crâne, soit verticalement au-dessus, mais en observant rigoureusement les prescriptions suivantes qui sont essentielles.
Le centre optique de l'objectif de l'appareil placé horizontalement doit se trouver à 2 mètres exactement de la tige fixe qui supporte le crâne et lui sert d'axe de rotation. Quand l'appareil est en position verticale, son centre optique doit se trouver à la même distance de 2 mètres au-dessus du plan qu'occupe l'axe optique de l'appareil en position horizontale. De plus, l'axe de l'appareil vertical doit être dirigé dans le prolongement de l'axe de rotation du support du crâne.
Deux fonds réticulés (fig. i4> i5 et 16), l'un vertical F ^ et l'autre horizontal F^, sont placés à la distance voulue (en rapport avec l'écartement de leurs traits) pour représenter le centimètre : 1** sur le plan de l'axe de rotation pour le fond vertical, et 2*^ sur le plan de l'axe de l'appareil horizontal pour l'autre fond. Des logements et des arrêts sont ménagés dans les supports, table et échafaudage, de manière à éviter tout tâtonnement dans le transport de l'appareil unique de la position horizontale à la position renversée.
L'appareil de photographie étant fixe, c'est donc le crâne qu'on devra déplacer en face de T objectif pour ï amener aux diverses poses requises.
On placera préalablement Torbitostat dans les orbites du crâne qu il s'agit de photographier, en ayant soin de ne pas trop serrer la vis pour qu'on puisse retirer facilement l'appareil sans ébranler le crâne. La direction des deux aiguilles, toujours un peu divergentes , indique d'une manière très visible le plan orbitaire qu'il s'agit d'amener à être parfaitement horizontal.
On place ensuite le crâne à peu près de profil sur son support, de façon que l'index R du support coïncide avec un des traits marqués sur le pourtour de l'anneau.
L'orientation s'exécute alors en deux temps.
i*^ temps. — Il s'agit de placer le crâne horizontalement à une hauteur convenable pour que le centre de la figure coïncide avec le centre optique de l'appareil photographique.
Pour cela, le crâne étant de profil, un aide élève ou abaisse le crâne au moyen de la crémaillère V, et en même temps déplace le crâne sur son support jusqu'à ce que les aiguilles de î'orbitostat viennent à se confondre parfaitement avec le trait médian horizontal 00 du fond vertical réticulé. L'opérateur suit derrière le verre dépoli de l'appareil photographique le moment où ce point est atteint. On a ainsi amené le plan horizontal du crâne à se confondre avec le plan d'horizon de l'appareil photographique de face, et, par là même, à se trouver exactement à 2 mètres du centre optique de rappareil photographique da haut.
2* temps. — Faire tourner le crâne sur le pivot supérieur G en desserrant la vis d'arrêt S jusqu'à ce que la ligne médiane de la face, représentée par l'épine nasale, le milieu de la racine du nez et la suture incisive du maxillaire, vienne se projeter sur une ligne verticale tracée sur le verre dépoli et se confondant elle-même avec le trait vertical médian 00 du fond réti-
22 CRANIOMETRIE.
Cillé. (Avoir soin, pendant celle opération, de ne pas altérer la coïncidence du repère R avec le trait marqué sur l'anneau.) Cette position une fois atteinte, on immobilisera la double lige au moyen de la vis d'arrêt S. On détermine ainsi la position dite de pleine face du crâne. Nous avons défini, en effet, cette pose comme étant une projection sur un plan perpendiculaire au plan de symétrie antéro- postérieur du crâne. Or la manœuvre de pivotage que nous venons d'effectuer a précisément pour résultat d'amener le plan vertical passant par le basion et la ligne médiane de la face (épine nasale, suture du maxillaire, etc.) à être perpendiculaire à la plaque sensible.
Ce plan, que nous venons de déterminer ainsi par un moyen mécanique et invariable, est appelé à jouer dans notre manuel le rôle du plan de symétrie idéal qu'on admet comme existant dans un crâne normal; cette substitution semble d'autant plus légitime, que le basion, tel que le définit Broca, appartient sans conteste à ce plan théorique de symétrie.
Si l'on fait maintenant décrire au support entier du crâne (au moyen des manettes MM, dans l'anneau fixe NN) un angle de 90 degrés, on amènera le plan de symétrie antéro-postérieur à être exactement parallèle à la plaque sensible, et on sera absolument certain d'avoir bien placé le crâne de plein profil. L'orientation du profil se fait donc à la suite et comme conséquence du réglage de la position de face.
Après avoir assuré le réglage de la face, on ramène successivement le crâne à la position du profil de droite, puis du profil de gauche, dans ces diverses manœuvres, en examinant si l'horizontalité des aiguilles de l'orbitostat n'a pas changé, et on rectifie la position du crâne, s'il y a lieu.
Le crâne est désormais parfaitement orienté. Il peut effectuer une rotation de 3 60 degrés sur son support, tout en se maintenant dans un plan horizontal mathématiquement parfait. Il ne reste plus qu'à enlever délicatement l'orbitostat. Le crâne est prêt â être photographié; il faut s'assurer toutefois qu'une lumière suffisante en éclaire toutes les parties.
On obtiendra dès lors, très simplement et avec une parfaite exactitude, toutes les vues qu'on désire.
Kig. i4. — Crâne n° 393.
Mise en place du support pour la vue de pleine face etTulilisalion des fonds réticules.
Projections verlicales. — On lait :
1° La photographie du profil droit (voir planche 37) ;
2*" On tourne le support de 90 degrés dans l'anneau gradué et Ton photographie la face antérieure (voir planche 28) ;
3"^ On tourne encore le support de 90 degrés et Ton photographie le profd gauche (voir planche 26);
4** On tourne encore de 90 degrés et Ton photographie la face postérieure du crâne (voir planche 29).
CRANIOMETRIE.
Comme je Taffirmais tout à l'heure, on voit que le crâne a effectué avec la plus grande facilité et la plus grande exactitude sa rotation complète de 36o degrés sur son axe basilaire vertical, sans s'écarter d'une ligne du plan horizontal des axes orbitaires, en s'arrêtant aux grandes étapes de 90 en 90 degrés
Fig. i5. — Crâne n" SgS.
Mise en place du support pour la vue de profil et l'utilisation des fonds réticulés.
pour les quatre poses conventionnelles. On comprend que rien n'est plus facile que d'obtenir, au moyen du pied tournant et gradué, toute la série des poses intermédiaires qu'on peut désirer avec l'avantage inappréciable d'une définition angulaire précise à partir d'une origine bien déterminée : i5 degrés, 3o degrés, 45 degrés, etc.
A titre d'exemple, je donne (pi. 82 et 33 des Photographies stéréomélriques) une vue de trois quarts du crâne n*" 2 1, c'està-dire d'une vue suivant un angle de 45 degrés à gauche et de 45 degrés à droite de l'axe facial. Mais il est évident que nous aurions pu prendre tel autre angle nécessaire pour bien montrer une particularité intéressante d'un crâne donné.
Nous venons d'exécuter les vues des quatre points cardinaux qui représentent des projections verticales. Il nous en reste encore deux à faire, représentant des projections horizontales : la vue sincipitale et la vue de la base du crâne, pour lesquelles des précautions spéciales sont nécessaires.
Projections horizontales. — 5** Pour la vue sincipitale, il suffit simplement de porter l'appareil photographique au sommet de l'échafaudage, auquel on accède par un escabeau se terminant par une plate-forme sur laquelle se tient l'opérateur (fig. i3). Pour éviter de transporter l'appareil qui a servi pour les photographies précédentes, il est préférable d'avoir un deuxième appareil photographique placé face à la calotte crânienne et qui est rég^é comme le précédent pour que le plan des axes orbitaires se trouve également à 2 mètres de l'objectif.
Le crâne n'ayant pas été bougé de son orientation précédente, il n'y a pas lieu de faire un nouveau réglage. Mais, pour le bon éclairage de la calotte crânienne dont un côté est forcément à contre-jour, il faut disposer un réflecteur pour la rendre le plus lumineuse possible.
Vue de la base da crâne ou basilaire. — 6° On se servira du support spécial précédemment décrit (fig. 12). Le crâne est placé à l'envers, c'est-à-dire que la calotte crânienne vient reposer sur les pointes d'acier qui garnissent le pourtour du support creux hémisphérique EE.
Pour amener le crâne ainsi retourné à la position horizontale et en même temps à la distance convenable de l'objectif du haut, il est nécessaire de replacer les aiguilles de l'orbitostat.
Par une manœuvre analogue à celle du premier temps, on fera coïncider les aiguilles avec le trait horizontal médian du fond réticulé vertical (fig. 16).
Le crâne est dès lors orienté horizontalement, et le plan (le Torbitostat se trouve à 2 mètres de l'objectif du haut. Nous
Fig. 16. — Cràne u" SgS.
Mise en place du support pour la vue basilaire et l'utilisation dos fonds réticulés.
sommes donc dans les même conditions que pour la vue sincipitale. Reste la mise en plaque. Elle s'effectue très simplement au moyen du verre dépoli de l'appareil placé au sommet de l'échafaudage. Un aide déplace le pied creux hémisphérique EE portant le cràne, sur sa plate-forme horizontale BB, jusqu'à ce que : 1° le basion se trouve au point de croisement des
lignes médianes oo du fond réticulé; 2" que la ligne médiane de la base du crâne se projette sur la médiane antéro-poslérieure 00. Ces constatations une fois faites, on enlève délicatement Torbilostat et Ton peut procéder à la photographie (voir planche 3 i).
Telle est la technique employée pour photographier non seulement les six vues normales (que je pourrai appeler cubiques) , mais encore toutes les vues quelconques qu'on désire obtenir, suivant un angle donné (voir planche 26, vues diverses du crâne 21).
En résumé, les dispositions mécaniques que nous venons d'exposer résultent du choix des plans de projection et des axes optiques, imposés eux-mêmes par des considérations d'ordre anatomique, perspectif ou optique, et mécanique.
Nous avons vu que les six plans de projection théoriques qui sont nécessaires pour définir les six poses avaient été ramenés à trois, en rapportant à un plan commun les vues opposées.
D'autre part, comme il importait d'obtenir la plus grande uniformité possible dans la réduction photographique des contours (tout en se rapprochant des contours maximum), on a adopté les plans les plus voisins du milieu du crâne dans chaque direction, lesquels plans déterminent normalement les contours correspondants.
Pour les poses de profil, le plan de symétrie s'imposait de lui-même. Le choix du basion et sa coïncidence avec l'axe de rotation ont permis de le repérer mécaniquement et sans tâtonnement.
La vue de pleine face était dès lors parfaitement définie, puisqu'elle est prise (de par la disposition même des appareils) perpendiculairement à ce plan de symétrie. Celle de dos ne l'était pas moins, étant exactement opposée à la vue de face. En outre, le plan de projection commun à ces deux vues passant par le basion, point central (Broca), se trouve très rapproché du plan contenant le diamètre transverse maximum
28 CRANIOMETRIE.
du crâne ^^'. Il en est de même pour les vues prises d'en haut. Le plan horizontal de vision s'imposait au même titre que le plan de symétrie pour les vues de profil. Il est défini mécaniquement, et un crâne donné pourra toujours être replacé exactement de la même manière. Il est à peu près médian du crâne par rapport à la direction verticale, et ce que nous venons de dire au sujet du contour maximum vu de face s'applique également dans ce cas.
Ajoutons que la position du crâne à photographier semble la plus naturelle qu'on puisse choisir, puisqu'elle reproduit le port de tête le plus habituel chez le vivant, qui a lieu quand le regard est horizontal.
L'axe autour duquel tourne le crâne est sensiblement le même que l'axe normal de rotation de la tête, et les poses de face, de profil et de trois quarts qu'on exécutera sur un crâne ainsi orienté présenteront le maximum d'analogie avec celles qu'on obtiendrait sur le vivant.
Enfin le point de vue des photographies se trouve situé uniformément au miheu des images, ce qui assure le dessin le plus avantageux en même temps que la netteté la plus grande des chchés photographiques.
On ne peut s'empêcher de reconnaître l'excellence de notre méthode qui permet à tous les opérateurs — pour peu qu'ils suivent scrupuleusement notre technique, aussi simple que facile — de reproduire , dans les mêmes conditions que nous , la même vue photographique avec les mêmes dimensions centimétriques. Nos images photographiques ont la précision d'une épure géométrique. Je me crois donc en droit d'affirmer que jamais , jusqu'ici, une aussi grande précision n'avait été obtenue.
^'^ On pourra même s'assurer de sa réticules donneront immédiatement sa
coïncidence avec ce plan du contour maxi- valeur métrique. S'il y a une différence ,
mum en comparant la vue de face et celle une proportion géométrique permettrait
de dos. Si les contours présentent la même au besoin de retrouver la position de ce
dimension, c'est que le plan du basion plan sur la photographie et d'apprécier
correspond bien au plan du contour maxi- avec plus de précision le diamètre trans-
mum, ce qui se présente rarement, et les verse maximum. (Voir page 4^.)